L'Assemblée nationale a adopté dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 juillet la loi d'urgence agricole, un texte qui prévoit notamment la possibilité de réintroduire à titre dérogatoire certains pesticides interdits en France, comme l'acétamipride et le flupyradifurone. Ce vote, acquis par 296 voix contre 224, a ravivé les fractures au sein du gouvernement et suscité de vives critiques de la part des défenseurs de l'environnement et de la santé publique.

Le texte, qui doit être définitivement adopté ce mardi soir par le Sénat, a été présenté par l'exécutif comme une mesure d'urgence pour soutenir le secteur agricole face aux difficultés économiques et climatiques. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé à ne pas « instrumentaliser à des fins politiciennes » cette loi, alors que les débats ont été particulièrement tendus dans l'hémicycle. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, personnellement opposée à la réintroduction de l'acétamipride, pourrait démissionner en signe de désaccord, selon plusieurs sources proches du gouvernement.

Cette disposition a fait éclater au grand jour les divergences entre le gouvernement et une partie de ses troupes, mais aussi au sein même de l'exécutif. Pour l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage, « nos autorités publiques s'apprêtent à agir à l'égard de la santé comme ils l'ont fait à l'égard du climat: plus les voyants sont rouges, et moins les mesures de protection sont prises ». Un point de vue partagé par plusieurs associations écologistes, qui dénoncent un recul sanitaire et environnemental.

Parallèlement à ce dossier brûlant, la France fait face à une multiplication des incendies de forêt et de végétation, favorisée par la sécheresse persistante malgré l'éloignement de la canicule. Ce mardi, Météo France a placé cinq départements du pourtour méditerranéen en alerte rouge au risque de départ de feu: l'Aude, le Gard, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et le Var. Ce dernier est toujours en proie à un important incendie, considéré comme « fixé » par les pompiers depuis lundi soir. Un autre incendie significatif est également en cours en Corse, tandis que des feux à Nantes et près des Sables d'Olonne ont nécessité lundi soir une grosse mobilisation des pompiers. Les autorités appellent à la plus grande vigilance dans les zones concernées.

Sur le plan économique, le prix du carburant repart fortement à la hausse. Conséquence de la reprise des bombardements en Iran, l'essence SP95-E10 a de nouveau dépassé lundi le prix de 2 euros le litre en moyenne en France métropolitaine, après plus d'un mois sous cette barre symbolique. Le SP95-E10, l'essence la plus consommée par les Français, se vend en moyenne à 2,005 euros le litre, en hausse de 6,8 centimes par rapport à la semaine précédente. Le gazole, carburant le plus consommé en France, s'achète 2,105 euros le litre en moyenne, en augmentation de plus de 6 % en une semaine. La ministre déléguée à l'Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a rappelé mardi que des aides restent en place jusqu'à fin août et a promis un point sur la situation d'ici là.

Ces trois actualités illustrent les défis multiples auxquels le gouvernement est confronté en cette période estivale: tensions politiques sur les questions agricoles et environnementales, risques naturels accrus liés au changement climatique, et pressions économiques sur le pouvoir d'achat des ménages. La possible démission de Monique Barbut, si elle se confirme, constituerait un nouveau coup dur pour l'exécutif, déjà fragilisé par des dissensions internes. Les prochains jours seront décisifs pour l'avenir de la loi d'urgence agricole et pour la stabilité du gouvernement.