Actualités 3 min de lecture Par Noémie Weber
Les Houthis s'emparent de l'île de Mayyoun et menacent le détroit de Bab el-Mandeb
Les rebelles yéménites pro-iraniens ont pris le contrôle de l'île de Mayyoun, au cœur du détroit de Bab el-Mandeb, après le verrouillage d'Ormuz par l'Iran. Cette avancée fait peser une menace sur la navigation maritime internationale et sur les exportations de brut saoudien.
Les rebelles houthis ont pris le contrôle de l'île de Mayyoun, située au cœur du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, a annoncé un responsable gouvernemental yéménite. Cette prise fait suite au retrait des forces gouvernementales de cette position qui divise le détroit en deux couloirs maritimes. Selon la même source, les combattants pro-iraniens ont « achevé leur prise de contrôle de la zone de Bab el-Mandeb et de l'île de Mayyoun ».
L'opération s'inscrit dans une offensive plus large. Les Houthis s'étaient emparés la veille de l'île de Zuqar, plus au nord, avant d'encercler les îles de Petite et Grande Hanich, où ils ont demandé aux forces gouvernementales de se rendre. En amont, ils avaient pris jeudi la ville portuaire de Mokha, située à 70 kilomètres au nord du détroit. Leur chaîne de télévision Almasira a fait état de deux frappes saoudiennes sur l'aéroport de Mokha.
Cette avancée modifie l'équilibre stratégique régional. Depuis le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran, Bab el-Mandeb a gagné en importance pour la navigation maritime internationale, notamment pour l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut. Les pétroliers et navires commerciaux venant d'Asie empruntent ce passage pour rallier la mer Rouge, le canal de Suez et la Méditerranée, et en sens inverse vers l'océan Indien. En cas de blocage, la seule alternative est de contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, une route beaucoup plus longue et coûteuse.
Les Houthis contrôlaient déjà une grande partie du nord du Yémen, dont la capitale Sanaa et le port d'Hodeida. Ils contrôlent désormais toute la côte yéménite bordant la mer Rouge. Le pays a replongé dans la guerre en juillet, entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran. Les rebelles avaient alors annoncé un blocus maritime de l'Arabie saoudite, pour qui Bab el-Mandeb est devenu une voie de contournement vitale depuis le verrouillage d'Ormuz. Ils ont toutefois démenti vouloir fermer le détroit ou imposer des droits de passage.
La communauté internationale s'inquiète de l'escalade. Jeudi, la situation au Yémen a fait l'objet d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. L'envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, Hans Grundberg, a réclamé un « engagement actif » de cette instance « pour s'éloigner de ce qui pourrait être le précipice vers un conflit bien plus dangereux ». Sur le terrain, les combats s'intensifient entre les rebelles soutenus par l'Iran et le gouvernement yéménite internationalement reconnu, appuyé par l'Arabie saoudite. Cette nouvelle crise s'accompagne d'une intensification de la désinformation sur les réseaux sociaux, alors que la guerre des récits se renforce.




