La plateforme chinoise de commerce en ligne AliExpress, filiale du géant Alibaba, a écopé ce lundi d’une amende de 550 millions d’euros infligée par l’Union européenne. Bruxelles lui reproche d’avoir manqué à ses obligations découlant du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), en laissant des produits illégaux, dangereux ou contrefaits être vendus aux consommateurs européens. Parmi ces articles figurent des jouets dangereux et des vêtements contrefaits, qui avaient suscité une vive polémique.
La Commission européenne a annoncé cette sanction à l’issue d’une enquête ouverte en mars 2024, qui a duré plus de deux ans. Selon Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée du Numérique, le système de détection des produits interdits mis en place par AliExpress « ne fonctionnait pas du tout ». Elle a précisé que les enquêteurs avaient « repéré un grand nombre de contrefaçons, mais aussi des jouets et des cosmétiques dangereux, qui restaient très longtemps en vente ». En outre, les pénalités appliquées par la plateforme aux vendeurs en infraction étaient inefficaces, car leurs boutiques demeuraient actives longtemps après les signalements.
L’amende de 550 millions d’euros est la plus élevée jamais prononcée par Bruxelles au titre du DSA depuis l’adoption de cette loi en 2022. Elle dépasse les sanctions précédentes, comme celle de 200 millions d’euros infligée à Temu fin mai pour des motifs similaires, ou celle de 120 millions d’euros imposée à X (ex-Twitter) fin 2025 pour des manquements à la transparence. La Commission a également exigé qu’AliExpress soumette, sous trois mois, des mesures correctives pour se conformer au DSA, sous peine d’amendes périodiques supplémentaires.
AliExpress a réagi en exprimant son « désaccord avec la décision rendue » et en qualifiant l’amende de « disproportionnée », affirmant qu’elle ne reflétait ni ses principes ni les mesures proactives mises en œuvre. La plateforme n’a pas précisé si elle ferait appel. De son côté, la Commission a rejeté l’idée d’un ciblage discriminatoire. Henna Virkkunen a souligné que « nous menons des enquêtes sur plusieurs plateformes en ligne, dont beaucoup sont basées aux États-Unis, et plein d’autres en Chine, mais aussi en Europe », et que « tous ceux qui veulent opérer en Europe doivent respecter les mêmes règles ».
Cette sanction intervient dans un contexte de durcissement des mesures européennes face à la concurrence chinoise, jugée souvent déloyale. L’UE a notamment instauré une taxe minimale de 3 euros sur les petits colis importés, visant à limiter l’afflux de produits à bas prix. L’enquête a révélé que les vendeurs malintentionnés pouvaient facilement contourner les systèmes de vérification de conformité, en raison d’équipes dédiées sous-dimensionnées chez AliExpress. La Commission estime que ces failles ont permis la mise en vente de produits dangereux pendant de longues périodes, exposant les consommateurs à des risques.
L’affaire illustre les défis posés par la régulation des grandes plateformes numériques, en particulier celles basées hors d’Europe. Le DSA, entré en vigueur en 2022, impose aux très grandes plateformes en ligne des obligations strictes en matière de transparence, de modération et de sécurité des produits. AliExpress, classée comme très grande plateforme, était tenue d’évaluer et d’atténuer les risques liés à la vente de produits illégaux. La Commission a estimé que la plateforme n’avait pas respecté ces obligations, justifiant une sanction exemplaire.
Cette décision pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble du secteur du commerce en ligne, en envoyant un signal fort aux autres acteurs. Les associations de consommateurs ont salué la sanction, tout en appelant à un renforcement des contrôles. L’UE continue d’enquêter sur d’autres plateformes, et cette amende record pourrait servir de précédent pour de futures actions réglementaires.



