Les réseaux sociaux à Madagascar sont submergés d’avis de disparition d’enfants et d’adolescents. Depuis plusieurs semaines, des publications sur TikTok et Facebook, accompagnées de photos, de noms et d’âges, alertent sur des enlèvements dans les quartiers d’Antananarivo, la capitale. Les internautes relaient massivement ces appels à l’aide, parfois sans vérifier les informations, mais la réalité des faits est confirmée par les chiffres officiels.
Selon les données communiquées par la Direction générale de la Police nationale et relayées par le média localMadagascar Tribune, 172 plaintes pour disparition de personnes ont été enregistrées dans tout le pays depuis le début de l’année 2026. La capitale concentre à elle seule 119 de ces signalements. Si aucune statistique publique antérieure ne permet de mesurer précisément l’évolution du phénomène, les médias locaux évoquent unanimement une « vague de disparitions » récente et préoccupante.
Cette situation a provoqué une psychose au sein de la population. Des parents ont pris des mesures drastiques pour protéger leurs enfants. Interrogé parL’Express, un père de famille a ainsi expliqué avoir interdit à ses enfants de s’éloigner du domicile pour jouer. La peur est palpable dans les rues d’Antananarivo, où les familles redoutent que leurs enfants soient les prochaines victimes.
Les autorités ont réagi en déployant des membres de la garde présidentielle et 400 éléments des forces de défense dans les rues de la capitale. Le Premier ministre malgache, Mamitiana Rajaonarison, a tenté de rassurer la population en déclarant: « Nous sommes en guerre! Les forces sont déployées et nous allons en finir avec cette situation », comme le rapporte RFI. Le président, le colonel Michael Randrianirina, a quant à lui estimé que ces événements visaient à « perturber » et « déstabiliser » le pays, en particulier « la Refondation en cours », nom donné au gouvernement de transition installé après le coup d’État d’octobre 2025. Il a même qualifié ces actes de « terrorisme », suggérant qu’ils pourraient être destinés à montrer à la communauté internationale une image d’instabilité totale de Madagascar.
La gestion de cette crise par le gouvernement est toutefois contestée. Les autorités appellent la population à l’unité et à signaler tout élément suspect aux forces de l’ordre, un message répété sur le compte Facebook de la Police nationale. Mais la couverture médiatique de ces disparitions est surveillée de près. Le directeur de publication d’une radio locale, Ismaël Razafinarivo, a été entendu le 9 juillet par la Section de recherches criminelles pour « diffusion de fausses nouvelles ». Des membres du mouvement Gen Z, très actif ces dernières semaines pour dénoncer la gestion des disparitions par le gouvernement, s’inquiètent que cette procédure s’inscrive dans un schéma plus large de répression. « On dirait que l’État part en guerre contre les contestataires », ont-ils confié à RFI.
À ce stade, plusieurs théories tentent d’expliquer cette série d’enlèvements. Des interrogations existent quant à l’existence d’une « organisation derrière cela », mais les enquêtes sont toujours en cours. La population reste dans l’attente de réponses concrètes, alors que la psychose ne faiblit pas dans les rues d’Antananarivo.



