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Netanyahou a bien comparé Israël aux nazis à l'ONU, mais pour nier un génocide

Un extrait du discours de Benyamin Netanyahou à l'Assemblée générale de l'ONU, largement partagé sur les réseaux sociaux, est authentique mais tronqué : il sert en réalité à nier l'existence d'un génocide à Gaza, une comparaison qui se retourne contre son auteur.

Netanyahou a bien comparé Israël aux nazis à l'ONU, mais pour nier un génocide
Gaza : Oui, Netanyahou a bien comparé Israël aux nazis devant l’ONU… mais pour nier l’existence d’un génocide

Un extrait vidéo du discours de Benyamin Netanyahou devant l'Assemblée générale des Nations unies circule massivement sur les réseaux sociaux, présenté comme un aveu : le Premier ministre israélien y compare Israël aux nazis. La séquence est bien réelle, mais elle est sortie de son contexte et présentée de manière incomplète, ce qui en modifie profondément le sens.

Dans cet extrait, Benyamin Netanyahou demande si « les nazis ont demandé aux juifs de quitter le terrain » et ajoute : « Est-ce que vous souhaitez que je vous rappelle tous les dirigeants génocidaires de l'Histoire. Prenons-les un par un, ont-ils simplement dit ''partez'' ? » De nombreux internautes y ont vu un parallèle direct entre les nazis et Israël, certains parlant même d'un « aveu » que les Israéliens seraient les nazis dans le conflit israélo-palestinien.

Or, dans son discours complet, le dirigeant israélien commence par nier l'existence d'un génocide commis par l'armée israélienne à Gaza. Pour justifier cette position, il affirme qu'Israël « largue des petits messages en papier, envoie des SMS et des appels pour pousser les civils à quitter la ville avant que l'armée n'arrive ». Il ajoute que, malgré « les contraintes imposées par le Hamas », « près de 700.000 Gazaouis ont entendu [notre] appel et se sont rendus dans des zones sûres ». C'est alors qu'il pose la question : « Est-ce qu'un pays qui commettrait un génocide, qui soi-disant cible la population civile, dirait à ces mêmes civils ''quittez la zone'' ? »

La comparaison avec les nazis intervient précisément à ce moment, pour se différencier des auteurs de génocides et non pour s'y assimiler. L'extrait tronqué, qui débute à cette phrase, fait donc dire à Benyamin Netanyahou l'inverse de ce qu'il développe dans l'intégralité de son propos. Par ailleurs, le discours présenté comme récent n'a pas été prononcé cette semaine, mais le 26 septembre 2025, dans un contexte similaire devant la même Assemblée générale.

Cette comparaison produit toutefois un effet boomerang. Avant de mettre en place la « Solution finale », le régime nazi a bel et bien mené, dès 1933, une politique d'encouragement à l'émigration des juifs. Entre discriminations légales, boycott des commerces, interdiction d'accès à la fonction publique, privation de citoyenneté, spoliations économiques et violences, les Juifs étaient poussés à quitter l'Allemagne par une politique destinée à leur rendre la vie impossible, comme le documente le Mémorial de l'Holocauste aux États-Unis. En 1933, l'accord Haavara est même signé entre le ministère allemand de l'Économie, les autorités britanniques et des organisations sionistes pour faciliter l'émigration des Juifs allemands vers la Palestine, alors sous mandat britannique. Entre 50.000 et 60.000 personnes ont émigré entre 1933 et 1939. En 1938, la Nuit de Cristal, pogrom antisémite organisé par Joseph Goebbels, visait à pousser les Juifs allemands à fuir en masse. Dès 1919, une lettre de jeunesse d'Adolf Hitler évoquait déjà « l'éloignement des juifs » comme « but final ».

Sur le terrain, le bilan humain reste lourd. Depuis le 7 octobre 2023, plus de 70.000 personnes ont été tuées à Gaza et près de 175.000 ont été blessées, selon les autorités palestiniennes et plusieurs ONG. Un rapport des Nations unies daté du 3 juillet dernier indique que près de 1,7 million de Gazaouis sont déplacés et vivent dans des camps.

Si le terme de génocide divise la communauté internationale, un rapport de l'ONU publié en 2025 identifie bien un génocide à Gaza, une qualification également portée par plusieurs ONG, dont Amnesty International. La Cour pénale internationale n'a pas encore statué sur cette qualification, mais elle a émis le 21 novembre 2024 des mandats d'arrêt contre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. En 2024, saisie d'une plainte de l'Afrique du Sud contre Israël, la Cour internationale de justice a estimé que les Palestiniens disposaient de « droits plausibles à la protection contre le génocide », droits susceptibles de subir des dommages irréparables.

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Pauline Delorme

Auteur

Rédactrice culture

Pauline Delorme couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.