Le concert gratuit du chanteur franco-israélien Amir, qui devait se tenir dimanche à Marseille, a été annulé pour « raisons de sécurité », ont annoncé les organisateurs ce jeudi 23 juillet. Cette décision fait suite à des appels au boycott lancés par des militants propalestiniens, qui reprochent à l'artiste sa double nationalité et son soutien présumé à Israël dans le conflit qui l'oppose aux Palestiniens.

Le collectif Union Palestine Marseille, à l'origine de la mobilisation, s'est félicité de cette annulation, qu'il qualifie de « victoire de la mobilisation populaire ». Dans un communiqué, il estime que « la pression citoyenne a permis d'empêcher la tenue d'un événement qui légitimait un artiste soutenant un État accusé de crimes de guerre ». Le collectif appelle désormais à « poursuivre les actions de boycott culturel contre toute complaisance avec Israël ».

De son côté, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a exprimé sa « profonde inquiétude » face à cette annulation. Dans un communiqué, le Crif dénonce « une atteinte grave à la liberté d'expression et à la liberté artistique », et s'inquiète de « la montée des pressions communautaristes qui visent à empêcher des artistes de se produire en raison de leurs origines ou de leurs opinions présumées ». Il appelle les pouvoirs publics à « garantir la sécurité de tous les artistes et à ne pas céder aux intimidations ».

Ce n'est pas la première fois que le chanteur Amir, révélé par l'émission « The Voice » en 2014 et connu pour des tubes comme « J'ai cherché » ou « Les rues de ma peine », est la cible de boycotts. En mai 2024, un concert prévu à Lille avait déjà été annulé après des menaces et des appels au boycott de militants propalestiniens. À l'époque, la mairie de Lille avait justifié l'annulation par « l'impossibilité de garantir la sécurité du public et de l'artiste ».

Ces annulations successives relancent le débat sur le boycott culturel en France, notamment dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Plusieurs artistes, comme le rappeur Médine ou la chanteuse Barbara Butch, ont également été visés par des appels au boycott ou des interruptions de concerts ces derniers mois. En juin 2024, le concert de Barbara Butch à Paris avait été interrompu par des militants propalestiniens, suscitant une large indignation et relançant les discussions sur les limites du boycott dans le milieu culturel.

Pour certains, ces actions de boycott sont un moyen légitime de pression politique, visant à dénoncer la politique du gouvernement israélien dans les territoires palestiniens. Pour d'autres, elles constituent une atteinte à la liberté d'expression et une forme de censure, qui cible injustement des artistes en raison de leur nationalité ou de leurs origines. Le débat est d'autant plus vif que la France compte une importante communauté juive et une forte diaspora palestinienne, et que le conflit au Proche-Orient suscite des passions souvent exacerbées.

La mairie de Marseille, interrogée par France Info, a indiqué qu'elle n'était pas à l'origine de l'annulation, mais qu'elle « prenait acte de la décision des organisateurs ». Elle a rappelé que « la sécurité du public et des artistes est une priorité absolue », et qu'elle « condamne toute forme de pression ou d'intimidation visant à empêcher la tenue d'événements culturels ». La préfecture des Bouches-du-Rhône n'a pas souhaité faire de commentaire.

Le chanteur Amir, qui n'a pas encore réagi publiquement à cette annulation, devait se produire dans le cadre des « Estivales de Marseille », une série de concerts gratuits organisés par la ville. Les organisateurs ont indiqué que le concert serait remplacé par un autre événement, dont les détails seront communiqués ultérieurement. Les fans de l'artiste ont exprimé leur déception sur les réseaux sociaux, certains dénonçant « une censure inacceptable », d'autres appelant au respect des décisions des militants.

Cette affaire illustre les tensions croissantes autour du boycott culturel en France, et la difficulté pour les pouvoirs publics et les organisateurs d'événements de concilier liberté d'expression, sécurité et respect des sensibilités politiques. Alors que le conflit israélo-palestinien continue de faire rage, il est probable que de tels incidents se multiplient, posant la question de la place de la culture dans les débats politiques et géopolitiques.