Culture 5 min de lecture Par Pauline Delorme
Le CD retrouve une seconde jeunesse face au streaming
Porté par un marché de l'occasion dynamique et un regain d'intérêt des maisons de disques, le compact-disc enregistre une hausse de 16 % de ses ventes sur les six premiers mois de l'année, selon l'organisme américain Luminate. En France, huit millions de CD ont été achetés, leur meilleure performance depuis vingt-cinq ans.
Le compact-disc, que beaucoup disaient condamné par le streaming, connaît un retour inattendu. Selon une étude de l'organisme américain Luminate, les ventes de CD ont bondi de 16 % sur les six premiers mois de l'année. En France, le Syndicat national de l'édition phonographique (Snep) confirme cette tendance : huit millions de CD ont été achetés, soit la meilleure performance du format depuis vingt-cinq ans.
Ce regain ne repose pas uniquement sur la nostalgie. Dans une grande braderie organisée à Rennes, Gaëtan, 16 ans, a chiné une pile de disques, principalement du rap et du reggae. « J'ai grandi avec une génération streaming et j'écoute beaucoup de musique sur les plateformes. Mais le CD, c'est différent. Tu n'écoutes pas juste un seul son ou les deux trucs les plus connus. Tu vas mettre tout l'album. Pour moi, c'est une marque de respect pour l'artiste. On écoute mieux les morceaux », explique l'adolescent.
À quelques mètres, Iréné, 24 ans, a déniché un album d'Agnes Obel et un disque de Sexy Sushi. Casque autour du cou, elle a mis en pause sa lecture sur Deezer. « J'ai un abonnement streaming, mais ce n'est pas pareil. Mes parents ont toujours beaucoup écouté de CD. Et puis comme j'ai eu un téléphone très tard, c'était mon seul moyen d'écouter de la musique. J'ai gardé cette habitude. Je mets l'album dans ma chaîne hi-fi et j'écoute tout, pas juste un titre par ci ou par là. C'est un plaisir différent. Et puis, j'aime bien l'objet. »
Les maisons de disques ont senti la tendance revenir et choisissent désormais de promouvoir les disques des artistes les plus streamés. Aux États-Unis, la hausse des ventes serait portée par le succès de la K-pop et du dernier album de BTS. « On vend absolument de tout. Du rap, du rock, du jazz, du classique. Ça dépend vraiment des gens. On a ici des gens qui ont entre 15 et 80 ans et qui ne veulent pas seulement écouter de la musique en streaming », raconte Jean-François, patron du disquaire It's Only, installé à Rennes depuis 2014.
Pour ce professionnel, le CD a permis de démocratiser la musique dans les années 1990. « Il est resté populaire parce que c'est un bel objet et qu'il est toujours resté moins cher que le vinyle. » Les deux formats sont d'ailleurs en forme : selon le Snep, les Français ont acheté huit millions de CD et six millions de vinyles, une consommation qui « dépasse l'écoute seule et s'inscrit dans un rapport à l'objet et à la collection ».
Le marché de l'occasion joue un rôle central dans ce retour. Des albums sont revendus pour quelques euros, ce qui permet aux disques de tourner dans les voitures et sur des chaînes hi-fi achetées sur Leboncoin ou en vide-grenier. « Il y a de plus en plus de chineurs, ça crée une petite communauté », affirme Jérémie, 53 ans. Ce Rennais, qui possède des milliers de vinyles, s'est remis en quête de CD. « Le CD a été pas mal dénigré. On disait que son son était fade. Mais combien font vraiment la différence ? C'est un objet qui n'a pas bougé. »
L'histoire du format remonte au début des années 1980, lorsque Sony le porte avec l'ambition de contenir l'intégralité des 74 minutes de la Neuvième Symphonie de Beethoven. Le compact-disc devient une véritable révolution dans les années 1990 et atteint son apogée au début des années 2000. C'est sous ce format que l'album D'eux de Céline Dion, sorti en 1995, avait dépassé les quatre millions de ventes en France. L'objet avait ensuite décliné sous les coups du digital, disparaissant peu à peu des grandes surfaces.
Il reste difficile de savoir quels titres se vendent le mieux, les charts ne distinguant pas les supports physiques des écoutes numériques. Mais pour les amateurs, l'essentiel est ailleurs : la possibilité d'écouter un album dans son intégralité, loin de la logique du titre isolé imposée par les plateformes.




