Culture 4 min de lecture Par Pauline Delorme
Polémique autour de Timeless, l'album posthume de Prince
La sortie de Timeless, nouvel album posthume de Prince, déclenche une vive controverse : ajouts posthumes non annoncés, coauteurs non crédités, erreurs dans le livret et accusations d'astroturfing visent les gestionnaires du Prince Estate, Londell McMillan et Charles Spicer Jr.
La sortie de Timeless, le nouvel album posthume de Prince, décédé en 2016, a provoqué une tempête sur les réseaux sociaux et dans la presse musicale internationale. Au cœur des critiques, deux hommes : Londell McMillan et Charles Spicer Jr., coproducteurs du disque et cogérants du Prince Estate, le patrimoine de l'artiste. Des appels à leur démission circulent, et plusieurs journalistes spécialisés ont publié des textes très sévères à leur encontre.
L'élément déclencheur est un commentaire Facebook du tromboniste Greg Boyer. Quelques jours après la parution de l'album, il a répondu aux questions de fans en admettant avoir enregistré ses contributions en 2026. Or, à plusieurs reprises, les gestionnaires du Prince Estate avaient garanti l'authenticité des morceaux, assurant qu'ils n'avaient fait l'objet d'aucun ajout ni modification. Cette révélation a ouvert une boîte de Pandore : l'authenticité de l'ensemble de l'album est désormais mise en cause.
Les révélations se sont ensuite enchaînées. Le livret de Timeless comporte des erreurs factuelles, dont au moins un titre mal daté. Surtout, quatre coauteurs confirmés ont été « oubliés », donc non rémunérés, sans que le Prince Estate donne suite aux revendications publiques de l'un d'entre eux. À cela s'ajoutent des propos jugés méprisants envers les fans. Dans une interview accordée à Rolling Stone, Londell McMillan a reconnu que les morceaux étaient remixés pour correspondre « à la façon dont les gens consomment la musique aujourd'hui ». Une approche vivement critiquée, notamment par la journaliste Andrea Swensson, pour qui les archives de Prince devraient être « conservées dans un lieu comme le Smithsonian, pas transformées en produits de consommation ».
Face à la polémique, le Prince Estate a publié un communiqué pour justifier les ajouts posthumes, affirmant au passage que « bien sûr, aucune IA n'a été employée ». Cette précision a été perçue comme une tentative de diversion, les fans n'ayant jamais évoqué l'usage de l'intelligence artificielle. Plusieurs médias, de Billboard à Vice en passant par la chaîne Fox 9, ont repris cet angle, ce qui a encore alimenté la controverse. En parallèle, des commentaires suspects sont apparus sur Instagram et Reddit, provenant de profils récemment créés, qui encensent l'Estate ou s'en prennent aux fans mécontents. Ces signaux ont nourri les accusations d'astroturfing, c'est-à-dire de manipulation de l'opinion par de faux comptes.
Si la presse française est restée discrète sur l'affaire, celle-ci a pris une ampleur considérable outre-Atlantique. Ce n'est pas la première fois que le Prince Estate est accusé de modifier des chansons de manière posthume, mais la polémique n'avait jamais atteint un tel niveau. Pour les observateurs, le prochain projet du patrimoine princier, quel qu'il soit, aura tout intérêt à être irréprochable sur le plan de la transparence et du respect de l'héritage artistique de Prince.
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