Économie 4 min de lecture Par Noémie Weber
Carburants : première baisse du gazole à la pompe dans l'UE après un mois de records
Le prix moyen du gazole à la pompe recule pour la première fois dans l'Union européenne après un mois de records. En France, il reste au-dessus de 2,35 euros le litre, alors que le gouvernement promet une baisse de 15 centimes via ses stocks stratégiques.
Le prix moyen du gazole à la pompe dans l'Union européenne a enregistré sa première baisse après un mois de records, selon des données publiées ce jeudi. Ce reflux intervient alors que les prix des carburants restent à des niveaux historiquement élevés dans plusieurs États membres, dont la France. Ces données incluent les taxes, qui varient entre les pays et représentent en moyenne 40 % du prix payé à la pompe dans le bloc, mais ne tiennent pas compte des aides ciblées mises en place par certains gouvernements.
En France, le gazole, dont le prix reflue lentement depuis plusieurs jours, s'affichait jeudi matin à un peu plus de 2,35 euros le litre en moyenne. Le pays reste ainsi parmi les plus touchés par la flambée des prix, qui a bondi de 37 % depuis la guerre en Iran, contre une hausse de 25 % pour le sans-plomb. Cette différence s'explique par des stocks mondiaux de diesel plus tendus que ceux d'essence.
Pour tenter d'enrayer la crise, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une baisse de 12 à 18 centimes par litre de diesel, soit environ 15 centimes en moyenne. Le mécanisme repose sur l'injection de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques français sur le marché. Ces barils, achetés avant la crise du détroit d'Ormuz, sont donc moins chers que les prix actuels. Les géants de la distribution, comme TotalEnergies, Carrefour ou Leclerc, paieront leur matière première à un tarif préférentiel. En échange, Matignon exige une répercussion « intégrale » et immédiate sur le prix à la pompe. La DGCCRF surveillera chaque semaine les marges des opérateurs pour s'en assurer.
« Ça ne peut pas ne pas marcher, c'est mathématique », assure Sylvain Bersinger, chef économiste. Non seulement les barils achetés sont moins chers, mais l'État « inonde » le marché, ce qui devrait faire baisser les prix par simple loi de l'offre et de la demande. « Si l'offre augmente massivement, les prix baissent », poursuit le spécialiste.
La mesure ne concerne que le diesel, qui représente 46,1 % du parc automobile français, contre 39,9 % de voitures à essence thermique. Surtout, le diesel équipe plus de 90 % des véhicules utilitaires légers, utilisés massivement par les professionnels. Le choix du gazole se justifie aussi par sa hausse plus forte que celle de l'essence depuis le début de la guerre en Iran.
La baisse est prévue pour 90 jours, à compter du 1er novembre. Sébastien Lecornu n'a pas caché que les stocks ne sont pas infinis. L'État dispose encore de 100 millions de barils, soit entre 15 et 17 millions de tonnes de carburant, ce qui équivaut à environ 118 jours de consommation nationale. L'objectif est de passer l'hiver, période où la précarité énergétique est la plus forte : de novembre à mars, un foyer français concentre 60 % de sa facture annuelle d'électricité et 80 à 90 % de sa facture de gaz. Sur un plein de 50 litres, l'économie représente neuf à dix euros. « C'est donc une vraie rustine, mais momentanée. Cela ne règle pas du tout la crise actuelle, mais ça permet d'alléger la dépense », analyse Sylvain Bersinger.
Pourquoi ne pas avoir actionné ce levier plus tôt ? Parce que cette manœuvre doit être utilisée « avec grande parcimonie », rappelle l'expert. Les stocks ne sont pas illimités et la réglementation internationale imposée par l'Agence internationale de l'énergie exige un minimum de 90 jours de réserve. Surtout, le conflit en Iran « est loin d'être fini, et la situation mondiale reste déréglée, sans qu'on sache pour combien de temps », avertit Sylvain Bersinger. La baisse annoncée ne constitue donc qu'un répit temporaire dans un contexte de crise énergétique durable.
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