Donald Trump commercialise désormais l'accès à ses messages sur Truth Social. Les abonnés qui paient un accès premium consultent les publications de l'ancien président avant le reste des utilisateurs, un service effectif depuis le 1er août. La plateforme le présente comme un outil destiné aux professionnels de la finance, censé leur offrir une longueur d'avance pour réagir plus vite sur les marchés. Une pratique qui soulève des questions, et dont des démocrates ont saisi le gendarme des marchés financiers.
Le calcul de Truth Social repose sur l'influence des déclarations de Donald Trump. Ses sorties sur l'économie, les entreprises ou les politiques publiques sont suivies par des milliers d'investisseurs, car elles peuvent entraîner des mouvements de cours. Les opérateurs de marché en tiennent compte dans leurs stratégies, ce qui renforce l'importance de la date et de l'heure de publication. En vendant un accès anticipé à ces propos, la plateforme transforme une information publique en un avantage commercial. Or, ce privilège d'information est précisément ce que les autorités boursières cherchent à encadrer pour éviter les abus. Le fait de profiter d'une information non publique, ou rendue publique de façon sélective, peut s'apparenter à un délit d'initié lorsque les marchés sont concernés.
Les démocrates qui ont alerté le gendarme des marchés financiers estiment que le montage est dangereux. Ils demandent que soit vérifiée la conformité du dispositif avec les règles qui interdisent à certains acteurs de tirer profit d'informations que les autres n'ont pas. La question porte notamment sur le temps d'avance accordé aux abonnés payants, sur les conditions de diffusion des messages et sur la possibilité d'y avoir accès via des outils automatisés. Sans réponse claire, il est impossible de savoir si les investisseurs abonnés se trouvent dans une situation régulière.
Ce lancement intervient dans un contexte où la parole des dirigeants politiques est devenue un facteur économique à part entière. Les annonces faites sur les réseaux sociaux ont déjà provoqué, par le passé, des variations boursières importantes. La nouveauté tient à la monétisation directe de cet accès prioritaire. Plutôt que de s'adresser à tous, la plateforme choisit de vendre aux professionnels un avantage temporel, ce qui revient à créer deux niveaux d'information au sein du marché. La place accordée aux messages des dirigeants politiques dans les décisions d'investissement ne cesse de croître, et Truth Social en fait un produit commercial.
L'autorité de régulation n'a pas encore réagi publiquement. Ni Donald Trump, ni Truth Social n'ont commenté la saisine des démocrates. En attendant, l'accès premium est toujours commercialisé et les professionnels de la finance restent libres de s'y abonner. Il reviendra aux régulateurs et, le cas échéant, à la justice, de dire si cette longueur d'avance vendue par le réseau social de l'ancien président est légale ou si elle s'apparente à un délit d'initié. L'équilibre entre liberté d'expression et régulation financière sera au cœur de l'examen, dans une affaire qui touche à la fois à la politique, à la technologie et au droit boursier.



