Économie 6 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Marine Le Pen veut abolir la loi Hulot interdisant la recherche d’hydrocarbures en France
Lors de son premier meeting de campagne, Marine Le Pen a relancé le débat sur l’exploration d’hydrocarbures dans le sous-sol français, alors que la loi Hulot de 2017 l’interdit et prévoit l’arrêt progressif de la production d’ici 2040.
Lors de son premier meeting de campagne, dimanche 25 octobre, Marine Le Pen a remis sur la table la question de l’extraction d’hydrocarbures en France. « Nous abolirons, par exemple, la stupide loi Hulot qui interdit la recherche d’hydrocarbures sur le sol français », a-t-elle lancé, affirmant vouloir rompre « avec la logique de décroissance » qui, selon elle, « entraîne la France vers le sous-développement et la ruine économique ».
Du côté de l’industrie, l’Ufip Énergies et Mobilités, le syndicat professionnel du secteur, défend le maintien de la production locale, sans commenter directement les propos de la candidate. Sa secrétaire générale, Blandine Ruty, explique que la « seule véritable demande » du syndicat est de « pouvoir continuer à entretenir nos gisements actuels ». La loi Hulot de 2017, adoptée deux ans après l’Accord de Paris sur le climat, interdit la recherche et l’exploitation des hydrocarbures en France et prévoit l’arrêt progressif de leur production d’ici 2040. La production française de pétrole ne représente qu’environ 1 % de la consommation totale, les 99 % restants étant importés. Cette production provient principalement des 64 gisements pétroliers et gaziers encore actifs en 2024, situés essentiellement dans le Bassin aquitain et le Bassin parisien.
Sur les réserves elles-mêmes, les estimations restent floues. Selon Blandine Ruty, les réserves se mesurent selon trois niveaux, 1P prouvées, 2P probables et 3P possibles, et il est très difficile d’avancer un chiffre national global. Le syndicat estime que les réserves prouvées et exploitables d’ici 2036 s’élèvent à 5 millions de tonnes, soit l’équivalent d’environ dix ans de consommation. Matthieu Auzanneau, ancien directeur du think tank de la transition énergétique The Shift Project, juge pour sa part que « le potentiel est très incertain ». Il évoque du « shale oil » dans le Bassin parisien, peut-être une fraction de la consommation française, et estime qu’il faudrait plusieurs années pour s’en assurer. Autrement dit, si la recherche était relancée, rien ne garantirait la découverte de réserves suffisantes pour modifier significativement la dépendance aux importations.
Le cas de la Guyane illustre ces incertitudes. En 2011, du pétrole a été découvert par un consortium en eaux profondes au large du territoire, à 150 kilomètres de Cayenne. Les forages d’évaluation menés par Shell et TotalEnergies n’ont cependant pas permis de confirmer un gisement commercialement rentable. Patrick Pouyanné, patron de TotalEnergies, a indiqué que le groupe avait « déjà dépensé près de 400 millions d’euros, pour un résultat négatif », des hydrocarbures ayant été trouvés « en quantité beaucoup trop faible pour qu’elles soient commercialisées ». Le sénateur de la Guyane, interrogé par Le Monde, estime au contraire que la multinationale n’a pas poussé assez loin ses recherches, supposant qu’elle « arrangeait » le groupe de partir au Suriname, où les conditions imposées seraient différentes.
Ce débat n’est pas nouveau. En 2025, le ministre des Outre-mer Manuel Valls avait souhaité « ouvrir le débat » sur l’interdiction de l’exploitation des hydrocarbures, suscitant l’opposition de ses collègues de l’Environnement, Agnès Pannier-Runacher, et de l’Énergie, Marc Ferracci. En décembre 2025, le sénateur Georges Patient a déposé un texte visant à autoriser de nouveau la recherche et l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins, ainsi qu’à Saint-Pierre-et-Miquelon. La proposition, soutenue par la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, s’est heurtée à l’opposition de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. Elle a finalement été rejetée définitivement en juin par l’Assemblée nationale, après les critiques de plusieurs associations environnementales. Cette dynamique s’inscrit dans l’essor pétrolier de la région, notamment au Suriname, au Brésil et surtout au Guyana, dont l’économie a été transformée par la mise en valeur, dès la fin 2019, d’un gisement au large de ses côtes.
Au-delà de la question politique, le calendrier pose problème. De la découverte d’un gisement à sa mise en production, l’exploration puis l’exploitation s’étalent sur plusieurs dizaines d’années, si bien que les retombées économiques éventuelles tarderaient à apparaître. Matthieu Auzanneau juge la situation sans ambiguïté : « Cela est parfaitement incompatible avec nos engagements climatiques. » Blandine Ruty défend pour sa part l’idée que poursuivre la production en France permettrait de maintenir une activité économique et industrielle sur le territoire et de financer la fermeture des puits ainsi que des projets de reconversion vers la décarbonation. Entre l’espoir d’un sous-sol potentiellement riche et l’urgence de réduire la dépendance aux énergies fossiles, la France doit donc arbitrer.
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