Le groupe TotalEnergies a annoncé jeudi avoir doublé son bénéfice net au deuxième trimestre, atteignant 5,4 milliards de dollars, contre 2,7 milliards un an plus tôt. Cette performance exceptionnelle, dopée par la flambée des prix du pétrole et du gaz liée au conflit au Moyen-Orient, a immédiatement relancé le débat sur la taxation des superprofits des multinationales du secteur.
Selon les analystes, ce résultat est légèrement supérieur aux prévisions. Les experts interrogés par Factset tablaient en moyenne sur un bénéfice de 5,26 milliards d'euros, tandis que ceux consultés par Bloomberg anticipaient 6,11 milliards de dollars. Le groupe a également enregistré un résultat net ajusté de 6 milliards de dollars, un indicateur particulièrement suivi par les marchés.
Dans un communiqué, le PDG Patrick Pouyanné s'est félicité de ces chiffres, soulignant que « dans un environnement de prix élevé en lien avec le conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies tire parti de son modèle intégré et de sa diversification ». L'entreprise avait déjà annoncé en avril un bond de 51 % de son bénéfice net pour le premier trimestre, porté par l'envolée des cours du pétrole et du gaz ainsi que par ses activités de négoce, dans le sillage du début des hostilités entre les États-Unis et l'Iran.
Sur l'ensemble du premier semestre, TotalEnergies a dégagé un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars, en hausse de 73 % sur un an. Ce montant dépasse déjà les 10,6 milliards enregistrés en 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine. Le groupe a précisé que sa production de pétrole et de gaz avait bénéficié d'une croissance organique de plus de 4 % sur un an, grâce à la montée en puissance de projets au Brésil, aux États-Unis et en Libye, qui ont partiellement compensé les pertes de production au Moyen-Orient, estimées à environ 210 000 barils équivalent pétrole par jour en moyenne sur le trimestre.
Ces résultats records ont immédiatement suscité des réactions contrastées. La porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Énergie, Maud Bregeon, a réaffirmé qu'elle refuserait « toujours de rentrer dans le Total bashing », estimant que le groupe est « une chance d'avoir en France un grand énergéticien mondial capable d'assurer l'approvisionnement des Français » et de contribuer à « tirer les prix vers le bas » grâce au plafonnement des carburants dans ses stations-service, un mécanisme relancé mercredi face à la reprise des hostilités au Moyen-Orient.
À l'inverse, une coalition d'ONG comprenant Greenpeace France,, le CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, le Réseau Action Climat et Oxfam France a vivement critiqué ces profits, les qualifiant de « particulièrement indécents ». Dans un communiqué commun, elles soulignent que « la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l'industrie du pétrole et du gaz est largement responsable ». Ces organisations réclament une taxation renforcée des superprofits pétroliers, un sujet qui revient régulièrement dans le débat public français.
Le groupe est en effet souvent critiqué pour la faiblesse, voire l'absence de son impôt sur les sociétés en France, au regard de ses énormes bénéfices mondiaux. Cette nouvelle annonce relance ainsi les appels à une contribution plus importante des multinationales du secteur énergétique face à la crise climatique et à la hausse du coût de la vie pour les ménages.



