Le réseau social Truth Social, propriété de Donald Trump, a annoncé jeudi 16 juillet le lancement d'une nouvelle fonctionnalité payante destinée aux traders et aux médias financiers. À partir du 1er août, ces abonnés pourront bénéficier d'un accès prioritaire aux publications du président américain, avant leur diffusion publique sur la plateforme. Cette initiative, présentée comme un service premium, relance les débats sur la monétisation de la fonction présidentielle et sur les possibles conflits d'intérêts.
Selon les informations communiquées par l'entreprise, ce service permettra aux souscripteurs de recevoir les messages de Donald Trump avec une avance de quelques minutes par rapport au reste des utilisateurs. Pour les marchés financiers, chaque mot du président peut provoquer des fluctuations importantes sur les actions, les obligations ou les devises. Les traders, habitués à réagir en temps réel aux annonces officielles, pourraient ainsi obtenir un avantage concurrentiel non négligeable.
Le prix de cet abonnement n'a pas été officiellement dévoilé, mais les analystes estiment qu'il pourrait atteindre plusieurs milliers de dollars par mois, compte tenu de la valeur potentielle de l'information pour les investisseurs. Truth Social justifie cette offre par la nécessité de financer ses opérations et de développer de nouvelles fonctionnalités, dans un contexte où le réseau social peine encore à concurrencer les géants du secteur comme X (anciennement Twitter) ou Facebook.
Cette annonce intervient alors que Donald Trump est régulièrement critiqué pour son utilisation des réseaux sociaux afin d'influencer les marchés. En 2024 et 2025, plusieurs de ses publications sur Truth Social avaient déjà entraîné des variations brutales sur des titres comme ceux de sa propre entreprise, Trump Media & Technology Group, ou sur des secteurs liés à ses déclarations politiques. Les détracteurs du président y voient une nouvelle étape dans la confusion entre ses intérêts privés et sa fonction publique.
Des associations de lutte contre la corruption ont immédiatement réagi, dénonçant un système qui « transforme l'information présidentielle en marchandise ». « Le président des États-Unis ne devrait pas vendre un accès privilégié à ses déclarations, surtout quand celles-ci peuvent affecter l'économie du pays », a déclaré un porte-parole de l'ONG Citizens for Responsibility and Ethics in Washington. De son côté, la Maison-Blanche n'a pas commenté cette initiative, renvoyant les questions à l'entreprise privée de Donald Trump.
Truth Social, lancé en 2022 après l'exclusion de Donald Trump de Twitter et de Facebook suite à l'assaut du Capitole, s'est positionné comme un réseau social alternatif pour les conservateurs. Sa capitalisation boursière a connu des hauts et des bas, souvent corrélés aux annonces judiciaires ou politiques concernant son fondateur. En proposant ce service payant, l'entreprise cherche à diversifier ses revenus, alors que la publicité reste encore modeste sur la plateforme.
Pour les experts en éthique des affaires, cette nouvelle offre soulève des questions juridiques. La Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, pourrait être amenée à se pencher sur la légalité d'un tel système, qui pourrait être assimilé à une forme de délit d'initié si les informations privilégiées sont utilisées pour des transactions financières. Cependant, Truth Social argue que l'accès prioritaire ne concerne que des publications qui seront de toute façon rendues publiques, et qu'il ne s'agit donc pas d'informations confidentielles.
Les médias financiers, également ciblés par cette offre, y voient un outil potentiel pour améliorer leur couverture en temps réel des annonces présidentielles. Plusieurs grandes agences de presse et chaînes d'information continue ont indiqué étudier la proposition, sans pour autant confirmer leur souscription. Certains rédacteurs en chef s'interrogent toutefois sur l'indépendance éditoriale si leurs journalistes dépendent d'un accès payant aux déclarations du président.
Cette annonce survient dans un climat politique tendu, alors que Donald Trump multiplie les déclarations controversées sur l'intégrité du système électoral américain et accuse la Chine d'ingérence dans les élections. Le président a également prévu d'assister à la finale de la Coupe du monde à New York le 19 juillet, aux côtés du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, ce qui alimente les spéculations sur une possible instrumentalisation de l'événement sportif à des fins politiques.
En attendant le lancement officiel du service le 1er août, les observateurs s'attendent à ce que le débat sur la frontière entre affaires privées et fonction présidentielle s'intensifie. Pour les traders, l'opportunité est claire: obtenir les informations en avant-première pourrait faire la différence entre un gain et une perte. Pour les critiques, c'est un pas de plus vers la marchandisation de la démocratie américaine.



