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En Israël, les Palestiniens de Jaffa se disent toujours plus marginalisés avant les législatives

À Jaffa, la minorité palestinienne d’Israël, qui représente entre 20 et 21 % des citoyens, dénonce des inégalités croissantes et une insécurité accrue à l’approche des élections législatives.

En Israël, les Palestiniens de Jaffa se disent toujours plus marginalisés avant les législatives
Législatives en Israël : « Les dernières années ont été horribles »… Les Palestiniens de Jaffa toujours plus à l’écart

À Jaffa, ancienne ville palestinienne annexée à Tel Aviv, les habitants d’origine palestinienne dénoncent une marginalisation qui s’aggrave à l’approche des élections législatives israéliennes. Ils représentent entre 20 et 21 % des 7,3 millions de citoyens appelés aux urnes, mais leur poids politique reste limité. « Les quatre dernières années ont été horribles », confie Nawras Kawsme, militant arabe de 27 ans, qui affirme que le racisme, longtemps dissimulé, s’exprime désormais ouvertement.

Officiellement désignés comme « Arabes d’Israël », beaucoup refusent ce terme. Ines Osrof, activiste de l’association Standing Together, explique être née à Jaffa dans une famille originaire de Jaffa et de Gaza, et précise qu’elle se considère comme palestinienne. Elle évoque un territoire familial que l’État chercherait à leur prendre, un sujet qui nourrit le sentiment d’insécurité juridique dans le quartier.

Le port de Jaffa, l’un des plus anciens du monde, et son architecture aux pierres qui rosissent au coucher du soleil témoignent d’une histoire longue de plus de 3 000 ans. Pourtant, selon les habitants, les inégalités économiques, sécuritaires et en matière de droits sont criantes. Ces difficultés se sont accrues après les attaques du 7 octobre 2023, une partie de la société ayant, selon eux, assimilé les combattants du Hamas à leurs propres voisins. Ines Osrof affirme que les Palestiniens ne peuvent plus ni parler, ni écrire, ni exprimer leur solidarité avec leurs familles de Gaza et de Cisjordanie, situations qu’elle juge « liées ».

Le principal grief porte sur l’action des forces de l’ordre face à la criminalité, souvent liée au trafic de drogue, qui frappe Jaffa. La police est placée sous l’autorité du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, dirigeant d’un parti d’extrême droite ultranationaliste. Ce dernier a été inculpé plus de cinquante fois dans sa jeunesse pour incitation à la violence ou discours de haine, et condamné en 2007 pour soutien à une organisation terroriste et incitation au racisme. Selon Standing Together, qui réunit juifs et Arabes, douze Palestiniens ont été tués cette année à Jaffa sans qu’aucune arrestation ne soit intervenue. « Ici, les gens sont effrayés, ils ont peur de mourir pour une simple altercation au volant ou dans la rue », décrit Nawras Kawsme. Il dénonce aussi l’absence de sanctions contre les propos ouvertement racistes appelant à tuer des Arabes sur les réseaux sociaux.

Dans ce quartier où mosquées et églises cohabitent, des Palestiniens musulmans, chrétiens et juifs ont longtemps vécu côte à côte. Certains habitants juifs militent aujourd’hui pour l’égalité des droits et appellent les électeurs arabes à voter pour la Liste unifiée, l’un des deux partis arabes qui se présentent aux élections. Darcey, Américano-Israélienne de 82 ans installée à Jaffa depuis cinquante ans, regrette qu’il n’existe pas de parti israélien dédié à l’égalité des droits. L’artiste Dana Salmon souligne que les Arabes, qui représentent un Israélien sur cinq, ne disposent que d’environ 10 % des sièges à la Knesset, le Parlement. Si, sur le papier, leurs droits sont formellement identiques à ceux des juifs israéliens, la réalité est différente, selon plusieurs militants.

Cette année, les deux partis arabes pourraient disposer d’un poids suffisant pour devenir incontournables dans la formation des coalitions, et ainsi peser sur la politique du pays. Nawras Kawsme, qui a personnellement passé 600 appels pour inciter sa communauté à voter, dit ressentir pour la première fois un réel espoir. Il ne s’attend pas à des miracles, mais à être « traité comme tout le monde ». Ines Osrof, mère de deux enfants, voit ce scrutin comme une « dernière chance » de changer les choses. Elle affirme n’avoir nulle part d’autre où aller et ne pas vouloir quitter un pays qu’elle considère comme le sien et celui de ses ancêtres. Pour elle, « nous sommes déjà dans le pire scénario ».

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Noémie Weber

Auteur

Journaliste société

Noémie Weber couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.