Politique 5 min de lecture Par Pauline Delorme
Lula remporte la présidentielle brésilienne face à Flavio Bolsonaro après une remontée spectaculaire
Arrivé en seconde position au premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva l’emporte au second tour avec 51,79 % des voix. Sa campagne accélérée sur les réseaux sociaux et ses mesures sociales ont pesé dans une remontée que les sondages n’avaient pas anticipée.
Luiz Inácio Lula da Silva a remporté l’élection présidentielle brésilienne face à Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, avec 51,79 % des voix au second tour. Deux semaines plus tôt, au premier tour du 4 octobre, le candidat d’extrême droite était arrivé en tête avec 47 % des suffrages contre 45 % pour le candidat du Parti des travailleurs (PT). Ce renversement de tendance, en trois semaines seulement, est pour de nombreux observateurs une première depuis le retour de la démocratie au Brésil.
Lula l’emporte avec quatre millions de voix d’avance. Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation Jean-Jaurès, souligne qu’un candidat arrivé deuxième au premier tour n’avait jamais fini par gagner l’élection depuis le retour à la démocratie. Il précise que, entre les deux tours, Lula a gagné environ dix millions de votes, contre trois millions pour son adversaire, ce qu’il qualifie de « poussée extraordinaire ». Allan Deneuville, maître de conférences à l’université Bordeaux Montaigne et chercheur au centre Géode, relève que jusqu’au dimanche soir, beaucoup pensaient la partie perdue, les sondages donnant les deux candidats au coude à coude.
Pour expliquer ce basculement, les analystes citent d’abord une mobilisation massive sur les réseaux sociaux. Une militante brésilienne installée à Lyon, Sabrina, 29 ans, raconte avoir rejoint après le premier tour le canal WhatsApp « Exército do Lula », lancé par le député André Janones, qui revendique aujourd’hui plus de 10 millions de membres. Elle décrit des missions quotidiennes : commenter, republier, partager, ou encore publier à heure fixe une photo en formant un L avec les doigts. L’objectif était d’accroître la visibilité des contenus, notamment face à Meta, soupçonné d’avoir freiné certaines publications du camp de Lula. Allan Deneuville reconnaît à cette stratégie « une énorme mobilisation » et « un fort effet ».
Lula s’est lui-même investi sur les réseaux, en publiant une vidéo par jour selon Sabrina, afin de toucher un électorat jeune, notamment les moins de 40 ans, qui s’informe peu par les médias traditionnels. Jean-Jacques Kourliandsky note que le candidat, relativement absent de ces canaux avant le premier tour, « a mis le paquet » dans l’entre-deux-tours. Sur le terrain, il a multiplié les déplacements à travers le pays ; son dernier meeting à São Paulo a réuni, selon l’expert, plus de deux millions de personnes.
Pendant les 21 jours séparant les deux tours, le gouvernement sortant a aussi pris des mesures sociales qui, selon Jean-Jacques Kourliandsky, ont pu peser sur l’électorat populaire : hausse de 15 % de l’aide Bolsa Familia, vote de l’effacement des dettes des microentrepreneurs, fin de la semaine de six jours de travail. Ces décisions ont, selon lui, permis aux Brésiliens de distinguer un candidat doté d’une politique sociale d’un adversaire resté flou, insistant surtout sur l’insécurité. Allan Deneuville estime que ces lois ont rendu le bilan de Lula « encore plus concret ».
Les deux experts soulignent également la capacité de Lula à retourner les attaques dans le débat. Lorsque Flavio Bolsonaro le raille en le surnommant « neuf doigts », en référence à la perte de son petit doigt lors d’un accident du travail, son camp répond que le candidat méprise les travailleurs. Lorsque Flavio évoque les électeurs votant pour Lula depuis la prison, Lula réplique que même le père de son adversaire, lui aussi détenu, saurait qu’il est incompétent. Pour Allan Deneuville, Lula a su exploiter les faiblesses du programme du Parti libéral pendant que l’équipe de Flavio Bolsonaro gardait la même ligne. Jean-Jacques Kourliandsky considère que le candidat a insisté sur ce qui le distingue du clan Bolsonaro, c’est-à-dire « une démocratie réelle et sociale », en présentant son vote comme un vote pour le Brésil, face à l’annonce de Flavio de rejoindre le « bouclier des Amériques », perçue comme un alignement sur les États-Unis.
Enfin, l’expert attribue une partie du succès à la mobilisation d’électeurs qui n’étaient pas allés voter au premier tour ou avaient voté nul ou blanc. L’abstention a reculé de 21,1 % à 19,2 %. Il relève aussi que la journée de vote a été perturbée jusqu’au dernier moment, des bus étant restés au garage à Salvador, fief de Lula. Pour Sabrina, la victoire est celle du peuple brésilien, un message qu’elle dit avoir partagé pendant toute la campagne.
5




