Xenia Fedorova, chroniqueuse prorusse et ancienne directrice de la chaîne d'État russe RT en France, s'est vue remettre mercredi un arrêté ministériel d'expulsion du territoire français, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Cette décision intervient après une enquête administrative qui a conduit les autorités à considérer que sa présence constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public.
Selon l'arrêté, dont les motifs ont été détaillés par le ministère, le comportement de Xenia Fedorova « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État ». Le document précise qu'elle s'inscrit « comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes », dans le but de déstabiliser l'ordre public en France. Elle est accusée de défendre systématiquement les positions du Kremlin dans ses interventions médiatiques.
Agée de 45 ans, Xenia Fedorova est une figure connue du paysage audiovisuel français. Elle intervient régulièrement sur CNews, Europe 1 et signe une chronique dans l'hebdomadaire le JDNews, tous des médias appartenant ou liés au groupe de Vincent Bolloré. Ancienne patronne de RT France, une chaîne d'information russe interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022 après l'invasion de l'Ukraine, elle est considérée par le gouvernement français comme une « propagandiste » du Kremlin.
Le président Emmanuel Macron lui-même a employé ce qualificatif à son encontre. Plusieurs eurodéputés ont également demandé à l'Union européenne de prendre des sanctions à son égard. En Allemagne, Xenia Fedorova est déjà interdite de territoire, selon une source proche du dossier.
Cette procédure d'expulsion fait suite à une vive polémique survenue fin mai, après la révélation que son titre de séjour avait été renouvelé en 2024 pour une durée de dix ans. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Laurent Nuñez, avait alors assuré qu'il n'y avait eu aucune intervention gouvernementale dans cette décision, expliquant que ce renouvellement était de droit pour un étranger en situation régulière remplissant les conditions.
La décision du ministère de l'Intérieur a provoqué des réactions contrastées. D'un côté, des responsables politiques et des associations de lutte contre la désinformation saluent une mesure ferme contre ce qu'ils considèrent comme une ingérence étrangère dans le débat public français. De l'autre côté, les dirigeants de la galaxie Bolloré ont exprimé leur soutien à la chroniqueuse, invoquant la liberté d'expression et le pluralisme des opinions.
Xenia Fedorova dispose désormais d'un délai pour contester cet arrêté devant la justice administrative. Son expulsion effective dépendra de l'issue de ces recours et des procédures en cours. En attendant, elle reste sous le coup d'une mesure qui pourrait mettre fin à sa présence en France, où elle réside depuis plusieurs années.



