Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, a officiellement lancé dimanche sa candidature à un quatrième et dernier mandat. L'ancien ouvrier et leader syndical, figure dominante de la politique brésilienne des dernières décennies, s'est dit « en pleine forme » devant environ 3 000 partisans réunis par son Parti des travailleurs (PT) à São Paulo, capitale économique de la première puissance d'Amérique latine.
Candidat pour la septième fois, Lula, qui avait déjà dirigé le Brésil de 2003 à 2010 avant de revenir au pouvoir en 2023, affrontera Flavio Bolsonaro lors de la prochaine élection présidentielle. Ce sénateur de 45 ans est le fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro. Ce dernier est détenu pour tentative de coup d'État et a été condamné à vingt-sept ans de prison pour avoir cherché à se maintenir au pouvoir malgré sa défaite de 2022.
La convention s'est ouverte au son du refrain « Olé, ola, Lula, Lula », dans une salle où les drapeaux rouges du PT et les pancartes « Le Brésil ne se rend pas » étaient brandis. Des militants ont également pris la parole. « Aujourd'hui, je suis ici parce que les politiques de Lula ont changé ma vie et celle de ma famille », a témoigné Cristiane Rosa Julho, assistante sociale de 51 ans, vêtue du rouge caractéristique du parti. « Grâce à lui, nous avons aujourd'hui notre propre maison après huit générations qui n'en avaient pas les moyens. »
Cette candidature intervient dans un climat politique déjà très tendu. La campagne se déroule sous le signe du président américain Donald Trump, allié de la famille Bolsonaro. Il a récemment soutenu plusieurs candidats de droite victorieux en Amérique latine. Les États-Unis ont imposé en juillet deux vagues de droits de douane sur des produits brésiliens, invoquant de supposées pratiques commerciales déloyales.
Ce n'est pas la première friction commerciale entre Brasilia et Washington. L'an dernier, sous l'impulsion d'Eduardo Bolsonaro, un autre fils de l'ancien président, Washington avait imposé une première surtaxe en représailles au procès de Jair Bolsonaro, avant de la lever en grande partie après un bref réchauffement entre Lula et Donald Trump.
Face à cette nouvelle escalade, le président brésilien a fait de la défense de la « souveraineté » l'un de ses axes centraux. Présenté par un allié comme « l'anti-Trump », il qualifie son adversaire de « traître à la patrie », l'accusant d'avoir incité les États-Unis à frapper l'économie brésilienne. Flavio Bolsonaro dément. « Au Brésil, nous n'acceptons pas que quiconque fourre son nez là où il n'est pas invité », a lancé Lula.
Selon Leonardo Paz, professeur de science politique à la Fondation Getulio Vargas, ce discours intervient au bon moment pour un président confronté à une baisse de popularité. « Le discours sur la souveraineté tombe à pic pour Lula, à un moment où il connaissait une baisse de popularité, et parvient à identifier un ennemi à l'extérieur pour le rendre responsable de certains des maux que nous vivons », analyse-t-il.
Dans les sondages, Lula conserve une avance étroite sur son rival. Un récent sondage de l'institut Datafolha crédite le chef de l'État de 48 % des intentions de vote au second tour, contre 43 % pour Flavio Bolsonaro. Malgré une série de crises, l'héritier de Jair Bolsonaro ne perd pas pied. Le pays reste ultra-polarisé. En 2022, le champion de la gauche n'avait emporté l'élection présidentielle que d'un cheveu face à Jair Bolsonaro. Cette candidature, présentée par Lula comme la dernière, prolonge une confrontation qui domine la vie politique brésilienne.



