Politique 6 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Rima Hassan porte plainte contre Laurent Nuñez pour violation du secret de l'enquête
L'eurodéputée LFI Rima Hassan a déposé plainte devant la Cour de justice de la République contre le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qu'elle accuse d'avoir contribué à la diffusion d'informations confidentielles lors de sa garde à vue en avril dernier. Le ministre dément toute fuite, mais l'affaire embarrasse le gouvernement et suscite la colère des syndicats policiers.
Rima Hassan a porté plainte, vendredi 18 septembre, devant la Cour de justice de la République (CJR) contre le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, lui reprochant d'avoir contribué à la diffusion d'informations confidentielles lors de sa garde à vue en avril dernier. L'eurodéputée La France insoumise (LFI) était alors entendue pour apologie du terrorisme. Selon son avocat, Vincent Brengarth, cette plainte vise à faire la lumière sur des fuites qui ont alimenté un récit mensonger à son sujet.
L'affaire a éclaté dans le numéro de « Complément d'enquête » diffusé jeudi sur France 2. On y apprend que Laurent Nuñez aurait confirmé à des journalistes, rencontrés dans un wagon-bar, hors micros et caméras mais avec force détails, la présence de « drogue de synthèse, dérivé de cocaïne » que Rima Hassan aurait eue en sa possession. Or ces affirmations se sont révélées fausses : l'eurodéputée LFI ne détenait aucune substance illicite. Le ministre de l'Intérieur se défend en assurant n'avoir « provoqué aucune fuite » dans la presse. « Les médias avaient toutes les informations, a-t-il déclaré. J'étais interrogé en off. »
Pour La France insoumise, ces explications constituent un aveu de culpabilité. « Un ministre n'a pas à avoir de remontées d'informations sur une enquête, a martelé Gabrielle Cathala, députée LFI du Val-d'Oise. Il a contribué à les propager. Si un journaliste reçoit confirmation du plus haut sommet de l'État, il considère l'information crédible. » Le groupe parlementaire a saisi le procureur général près la Cour de cassation pour « violation du secret de l'instruction et de l'enquête ». Sur les réseaux sociaux, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé que « la barbouzerie gouverne », tandis que le député insoumis Antoine Léaument a appelé à la démission du ministre. « Lorsqu'un ministre contribue à crédibiliser un récit mensonger contre une opposante politique, ce doit être perçu comme une affaire d'État », a estimé Gabrielle Cathala, promettant de « maintenir la pression ».
Cette séquence intervient dans un contexte déjà tendu pour Laurent Nuñez. Mardi, il recevait les syndicats policiers place Beauvau, après une manifestation sévère des forces de l'ordre, marquée par des fumigènes noirs. Les représentants réclamaient une revalorisation des salaires, une hausse des primes et des effectifs. Le ministre a demandé un délai, mais son implication présumée dans l'affaire Hassan vient occulter médiatiquement ce conflit interne. Dans les rangs de la police, certains confient anonymement que le ministre ne jouit pas d'une grande popularité. « Quand on voit le nombre de collègues qui passent en discipline pour différentes raisons… Forcément, on questionne l'exemplarité », témoigne l'un d'eux. Ceux qui le côtoient de près le décrivent comme « humainement très correct, voire attentionné », mais dans les effectifs éloignés de la capitale, « il n'a pas beaucoup de fans », reconnaît un syndicat.
Pour le politologue David Gouard, maître de conférences à l'université Jean-Jaurès de Toulouse, cette affaire est « du pain béni pour LFI ». « Ils ont depuis quelques années une stratégie de polarisation plutôt efficace sur le plan électoral et cette histoire donne du crédit à leur thèse considérant que le pouvoir en place attaque par tous les moyens l'opposition, en flirtant avec les limites », analyse-t-il. Selon lui, l'erreur de Laurent Nuñez « l'affaiblit considérablement », mais « si l'affaire ne va pas plus loin sur le volet judiciaire, Sébastien Lecornu n'a pas d'intérêt à s'en séparer. Cela fragiliserait le gouvernement et plus globalement le cercle autour d'Emmanuel Macron ». Le gouvernement choisit pour l'instant de faire profil bas et ne communique pas sur le dossier.
Sur le plan judiciaire, l'avocat de Rima Hassan a demandé l'ouverture d'une information judiciaire pour « identifier sans délai les personnes à l'origine de ces fuites et d'en comprendre les motivations ». En parallèle, une enquête ouverte il y a plusieurs mois pour « violation du secret de l'enquête », à la suite de « nombreuses fuites parues dans la presse » concernant la garde à vue de l'eurodéputée, est « toujours en cours », selon le parquet de Paris. Cette procédure distincte pourrait venir nourrir les débats sur les responsabilités de chacun.
L'affaire met en lumière les relations entre le pouvoir exécutif et la justice, ainsi que la question de la communication gouvernementale dans les dossiers sensibles. Elle intervient alors que le ministre de l'Intérieur doit gérer un front social policier inédit depuis plusieurs années. Pour l'opposition, elle illustre une dérive autoritaire, tandis que la majorité espère que l'épisode restera circonscrit. Une chose est sûre : la plainte de Rima Hassan devant la CJR garantit que le sujet ne disparaîtra pas de l'agenda politique de sitôt.




