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Élections législatives en Russie : une Douma acquise au Kremlin, sans suspense

Les Russes votent du 18 au 20 septembre pour renouveler les 450 députés de la Douma. Le parti Russie unie de Vladimir Poutine devrait conserver sa majorité écrasante face à une opposition écartée et une campagne quasi absente des médias.

Élections législatives en Russie : une Douma acquise au Kremlin, sans suspense
Législatives en Russie : La Douma, une « chambre d’enregistrement » du Kremlin toujours plus réactionnaire

Les électeurs russes sont appelés aux urnes du 18 au 20 septembre pour renouveler les 450 sièges de la Douma d’État, la chambre basse du Parlement. Ces élections législatives sont les premières depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022. La moitié des députés sera élue à la proportionnelle sur des listes nationales, l’autre au scrutin uninominal majoritaire dans les circonscriptions. Mais le résultat ne fait guère de doute : le parti Russie unie, formation de Vladimir Poutine, devrait conserver sa majorité écrasante.

Selon un sondage de l’institut public VTsIOM diffusé fin août, Russie unie totalise 37 % d’intentions de vote, loin devant le Parti communiste (KPRF), crédité de 11,6 %. La formation au pouvoir détient actuellement 310 sièges sur 450 et vise les 300 pour maintenir sa domination. « Depuis le début des années 2000 et l’arrivée au pouvoir de Poutine, aucune force d’opposition n’est représentée à la Douma », souligne Françoise Daucé, directrice d’études à l’EHESS et membre du Centre d’études russes, caucasiennes, est-européennes et centrasiatiques (CERCEC). Pour cette spécialiste de la Russie contemporaine, les scrutins dans le pays ne sont qu’un « moyen de réaffirmer le contrôle de l’État ».

La Douma a perdu sa pluralité. « C’est une chambre d’enregistrement des décisions du Kremlin depuis des années », abonde Ulrich Bounat, analyste en géopolitique et chercheur associé chez Eurocreative. « Il faut bien comprendre que tous les partis représentés ont été validés par le pouvoir », ajoute-t-il. Les candidats d’opposition ont été largement écartés, à l’instar du parti antiguerre Iabloko ou de Boris Nadejdine, déclaré « agent de l’étranger » en juillet dernier. Au Parlement, on retrouve des formations contrôlées : le Parti communiste (KPRF), les nationalistes du Parti libéral démocrate (LDPR), « Nouvelles personnes », se revendiquant pour les jeunes en faveur du numérique, et les conservateurs de « Russie juste », « très portés sur la guerre », précise l’expert.

La Douma n’est pas inactive pour autant. « Elle adopte énormément de lois qui vont dans un sens coercitif et contraignant, explique Françoise Daucé. Ces dernières années, la Douma était même surnommée “l’imprimante en folie”, en raison de l’adoption à la chaîne de lois toujours plus réactionnaires. » Un contexte qui pousse certains élus à la surenchère. « Des personnages médiatiques sont présents, jouant un peu la surenchère sur la guerre en Ukraine, sur la question des mœurs ou encore des libertés dans le pays », note la spécialiste. À l’image du député Andrey Gurulyov, qui réclamait « une balle dans la tête » pour Evgueni Prigojine, le patron du groupe paramilitaire Wagner, mort en 2023 dans un crash aérien. Ou encore Alexeï Jouravlev, élu du parti nationaliste « Rodina », qui plaide pour des frappes afin d’exterminer les Ukrainiens ou de « détruire toute la côte est des États-Unis ».

Ces personnages restent « à la solde du Kremlin », assure Françoise Daucé, mais « peuvent bénéficier d’une forme d’autonomie, pour prendre le pouls de l’opinion publique par exemple ». « Leur prise de parole reste largement sous contrôle et beaucoup de ces députés très radicaux sont liés directement ou indirectement au FSB », ajoute-t-elle. Ces prises de position extrêmes peuvent traduire une pression pour s’aligner avec l’administration présidentielle, mais aussi une volonté « performative », estime Ulrich Bounat. « Les gens veulent se faire remarquer en adoptant des postures de plus en plus virulentes », note-t-il. Au final, les députés pèsent peu face aux membres de l’administration présidentielle. « Ils peuvent être médiatiques mais n’ont pas de poids dans l’exécutif, pose Françoise Daucé. Les personnages les plus importants sont ceux qui occupent les ministères de force : le ministre de la Défense, le chef des services de sécurité, celui du conseil de sécurité… »

La campagne électorale, elle, se déroule dans une quasi-indifférence. Les médias contrôlés par le pouvoir ont largement ignoré les débats, et le Kremlin cherche moins à mobiliser qu’à organiser un scrutin sans contestation, dans un contexte de guerre prolongée et d’inquiétude de la population. Au perchoir de la Douma, le fidèle président Viatcheslav Volodine, en poste depuis dix ans, a conclu la dernière séance avant l’été par ces mots, scandés à plusieurs reprises : « Russie, Poutine, victoire ! » Une formule qui résume la fonction actuelle de l’institution : entériner les décisions du Kremlin et applaudir le chef de l’État.

Mathieu Blanchard

Auteur

Correspondant international

Mathieu Blanchard couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.