Politique 5 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Suède : Magdalena Andersson, probable future Première ministre après la victoire du centre-gauche
Après la victoire de son bloc aux législatives suédoises, Magdalena Andersson, figure du centre-gauche et ancienne Première ministre, est bien placée pour retrouver le poste. Portrait d'une économiste pragmatique, comparée à Angela Merkel, qui promet de faire « avancer la Suède ».
Magdalena Andersson est bien décidée à retrouver le poste de Première ministre de la Suède qu'elle avait occupé brièvement entre 2021 et 2022. Après la victoire de son bloc aux élections législatives, la dirigeante sociale-démocrate, âgée de 59 ans, promet de faire « avancer la Suède » et se présente comme une alternative de stabilité face à une droite et une extrême droite qui n'ont perdu le scrutin que d'environ 50 000 voix.
Cette économiste au caractère affirmé, fervente défenseure de l'État-providence emblématique des pays scandinaves, est réputée pour son franc-parler qui séduit une partie de l'électorat suédois. Selon Jan Teorell, chercheur en sciences politiques à l'université de Stockholm, elle « a une manière de parler qui inspire confiance à beaucoup de gens ». Décrite comme têtue, pragmatique et directe, elle est souvent comparée à Angela Merkel, l'ancienne chancelière allemande ayant « en quelque sorte été un modèle pour elle », selon le politologue.
Surnommée « Magda », elle admet volontiers être une cheffe exigeante et impatiente. « Tout ce que je veux, je le voulais prêt pour hier », confiait-elle récemment. Issue de l'aile gauche de son parti, elle a depuis recentré sa ligne politique. Durant la campagne, elle a promis d'augmenter les impôts sur les hauts revenus, de renforcer la protection sociale et de réduire les délais d'attente dans la santé. Mais elle s'est aussi engagée à maintenir l'essentiel des politiques fermes du gouvernement conservateur d'Ulf Kristersson en matière d'immigration et de lutte contre la criminalité.
Sur la scène internationale, Magdalena Andersson souhaite que la Suède soit un membre actif de l'Otan et qu'elle fasse davantage entendre sa voix en Europe. « Dans le monde dans lequel nous vivons, nous avons besoin d'une Union européenne beaucoup plus forte », déclarait-elle lors d'un meeting à une semaine du scrutin. Née le 23 janvier 1967 à Uppsala, fille unique d'un universitaire et d'une enseignante, elle s'est d'abord illustrée en natation, devenant championne de Suède junior. Elle a baigné très tôt dans le militantisme, dès l'âge de 16 ans, avant d'être diplômée de la Stockholm School of Economics, avec un bref passage à Harvard et au Fonds monétaire international.
Magdalena Andersson dirige les sociaux-démocrates depuis novembre 2021, après la démission de Stefan Löfven. Elle était déjà connue des Suédois pour avoir été ministre des Finances pendant sept ans. Élue Première ministre le 24 novembre 2021, elle avait connu un mandat mouvementé : quelques heures après son élection, la droite et l'extrême droite s'étaient unies pour faire imploser sa coalition, la contraignant à démissionner après seulement sept heures en poste. Cinq jours plus tard, le bloc de gauche s'était ressaisi et elle avait été réélue par le Parlement, devenant la première femme à diriger le gouvernement suédois depuis l'abdication de la reine Ulrika Eleonora en 1720. Son second mandat, long de dix mois, avait été marqué par la pandémie de Covid-19.
Cette mère de deux enfants a joué un rôle central dans le revirement des sociaux-démocrates sur l'adhésion à l'Otan, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022. La Suède a finalement déposé sa candidature en mai de la même année. En avril 2022, après de violentes émeutes, elle avait déclaré que le pays n'avait pas réussi à intégrer les nombreux immigrants accueillis ces vingt dernières années, évoquant des « sociétés parallèles » et jugeant les ressources allouées à la police et aux services sociaux « trop faibles ». Elle avait alors annoncé la création de commissions locales sur la criminalité juvénile.
Quelques mois plus tard, elle perdait les législatives de septembre 2022 face au bloc de droite mené par Ulf Kristersson, et exerçait depuis les fonctions de cheffe de l'opposition. Après la démission du Premier ministre sortant, elle a déclaré dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux : « Le peuple suédois a choisi une nouvelle orientation pour notre pays. Il a voté pour la cohésion et contre la division. » Elle souhaite désormais « concrétiser cette nouvelle orientation » avec « un gouvernement qui fait avancer la Suède ». Elle devra toutefois composer avec une opposition de droite et d'extrême droite qui attend en embuscade.




