Société 4 min de lecture Par Noémie Weber
À Nantes, une école neuve conçue pour s’adapter au réchauffement climatique
L’école Joséphine-Baker, située sur l’île de Nantes, a fait sa rentrée dans des locaux neufs pensés pour résister aux fortes chaleurs. Ventilation naturelle, briques de terre crue et cours végétalisées : l’établissement veut servir de modèle face au dérèglement climatique.
Près de 400 enfants ont fait leur rentrée mardi dans des locaux flambant neufs de l’école Joséphine-Baker, au cœur du quartier République sur l’île de Nantes. L’établissement, ouvert en mars dernier, a été conçu pour s’adapter au réchauffement climatique, avec des toitures végétalisées, des panneaux photovoltaïques et des matériaux biosourcés. Un choix salué par les parents, alors que la ville a connu des températures record fin juin, avec plus de 42 °C.
« Ici, il fait plus frais, les enfants ne se sont pas plaints une seconde de la chaleur », témoigne la mère de Malo, 8 ans, dont le prénom a été modifié. Avant, les élèves étaient installés dans des classes modulaires situées à une cinquantaine de mètres. Le nouveau bâtiment s’articule autour d’un système de ventilation 100 % naturel. « Les moucharabiehs donnent la possibilité d’ouvrir les fenêtres la nuit ou aux heures plus fraîches en toute sécurité », explique Gwenaëlle Direur, architecte du projet. Des briques de terre crue emmagasinent la fraîcheur pour la restituer aux moments les plus chauds, tandis que des brise-soleil équipent les fenêtres et que des brasseurs d’air ont été installés au plafond des grands espaces, comme la bibliothèque.
L’école mise aussi sur des arbres fraîchement plantés, une cour végétalisée et des terrains de jeux recouverts de copeaux de bois. « Les enfants sont des publics plus fragiles, rappelle Chloé Girardot Moitié, conseillère municipale déléguée à l’adaptation des bâtiments scolaires au dérèglement climatique. Un élève qui joue dans une cour couverte de bitume sera plus sensible à sa température car il est plus proche du sol qu’un adulte et ressent plus facilement la chaleur qui s’en dégage. »
Pour Hortense, maman d’une petite fille en grande section, cette rentrée a des allures de privilège : « Pour le moment, l’école a des allures austères, s’amuse-t-elle, mais on ne va pas se le cacher, pour nous c’est un luxe que notre enfant puisse faire sa rentrée dans une école toute neuve avec une telle ambition. » La mairie de Nantes se félicite de cette infrastructure. « Avec l’école Joséphine-Baker, il y a une vraie démarche d’intégration des risques climatiques », soutient Chloé Girardot Moitié. « Permettre l’aération de nuit, installer des moucharabiehs, des brasseurs d’air… Ce sont des choses qui ne se faisaient pas systématiquement avant. L’enjeu maintenant sera d’intégrer de manière plus systématique ces équipements dans d’autres écoles. »
L’établissement n’a pourtant pas échappé aux fermetures d’écoles imposées les après-midi des 22 et 23 juin, lors de l’épisode de forte chaleur. « Sans indications nationales, Johanna Rolland, la maire PS, a préféré éviter toute confusion », glisse-t-on à la mairie. Une décision comprise mais regrettée par certains parents. « Dans certaines classes, on ne ressentait pas du tout la chaleur, pointe Morgane, dont la fille était déjà scolarisée l’année dernière. Des enfants ont dû rentrer chez eux alors qu’ils vivent dans des passoires thermiques », déplore également Hortense.
Durant cette période, la température la plus élevée enregistrée dans une salle de classe a atteint 28 °C, précise Gwenaëlle Direur. Le système de ventilation naturelle permet de faire baisser la température de 5 à 10 degrés par rapport à l’extérieur. Cette semaine, jusqu’à 27 °C sont attendus à Nantes selon Météo-France. Les pelouses ont souffert de la chaleur estivale et les arbres n’ont pas encore pris leur ampleur, mais les concepteurs du projet parient sur le long terme pour que la végétation joue pleinement son rôle.




