Société 4 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Repas à 1 euro pour tous les étudiants : les Crous redoutent un déficit accru
La généralisation du repas à 1 euro dans les restaurants universitaires, effective depuis mai, entraîne une hausse de la fréquentation et inquiète les Crous sur leurs finances. Un rapport parlementaire alerte sur un modèle structurellement déficitaire, tandis que des syndicats déposent des préavis de grève.
La généralisation du repas à 1 euro pour tous les étudiants, décidée par le gouvernement en mai, suscite des inquiétudes croissantes parmi les personnels et les directions des Crous. Alors que la fréquentation des Restos U a bondi de 21 % en Bretagne et de 14 % à Paris et Bordeaux, les syndicats dénoncent un manque de moyens et redoutent une dégradation des finances publiques. Un rapport parlementaire publié en juillet évoque des « équilibres économiques fragiles » pour l'ensemble du réseau.
Avant le 4 mai, seuls les étudiants boursiers pouvaient bénéficier du repas à 1 euro, les autres payant 3,30 euros. La mesure a été étendue à près de trois millions d'étudiants inscrits dans le public, une décision saluée par les syndicats de jeunesse mais qui pèse lourdement sur le budget de l'État. Chaque repas vendu 1 euro coûte en réalité environ 8 euros à produire, laissant un reste à charge de 7 euros pour la puissance publique. Avec 44 millions de repas servis chaque semaine, la facture s'annonce considérable.
Pour faire face à l'afflux, l'État a provisionné 59 millions d'euros supplémentaires et alloué l'équivalent de 200 temps plein. En Bretagne, la région a reçu 450 000 euros pour s'équiper en matériel (fours, réfrigérateurs) et bénéficier d'heures de main-d'œuvre supplémentaires. « Nous avons été bien servis », reconnaît Jean-Marc Quemeneur, directeur du Crous Bretagne, qui affiche sa confiance. Mais les syndicats de personnels restent sceptiques. Raymond Rivière, agent du Crous et représentant du SGEN-CFDT, estime que « ce n'est pas parce que nous sommes contre la mesure, mais parce qu'on ne nous donne pas les moyens de la mettre en place ».
Le rapport parlementaire rédigé par le député Charles Sitzenstuhl (Ensemble) met en garde contre une « explosion du budget » et rappelle que « le financement de la restauration universitaire repose sur un modèle structurellement déficitaire et qui dépend largement de l'intervention financière de l'État ». Le rapporteur s'inquiète également d'une possible « dilution de l'aide pour les plus précaires » en raison de la saturation des capacités d'accueil. Si les restaurants universitaires venaient à manquer de places ou de denrées, les boursiers pourraient ne plus être servis, ce qui générerait des tensions dans les files d'attente.
Les syndicats ont d'ores et déjà déposé un préavis de grève à compter du 1er septembre, et un mouvement intersyndical est annoncé le 22 septembre pour protester contre les conditions de mise en œuvre de la mesure. Le Cnous, de son côté, se veut rassurant : « Le Cnous et le ministère auront une attention particulière au suivi de la fréquentation des restaurants Crous sur les mois de rentrée afin d'évaluer au plus juste les moyens à venir ». Jean-Marc Quemeneur abonde dans ce sens : « L'ensemble des repas servis sont compensés par l'État. Notre mission, c'est de mettre en place l'organisation la plus efficace possible ».
Au-delà du coût direct des repas, les Crous redoutent aussi une baisse des recettes annexes. Avec le repas à 1 euro, les étudiants pourraient se détourner des boissons, snacks et autres produits vendus dans les cafétérias, entraînant un manque à gagner. Cette inquiétude est partagée par le rapport parlementaire. Alors que le coût de la vie étudiante aurait augmenté de 35 % sous Emmanuel Macron selon l'Unef, la question de l'accessibilité alimentaire reste centrale, mais les moyens alloués semblent insuffisants aux yeux des personnels de terrain.




