Société 4 min de lecture Par Pauline Delorme
Français et Japonais s’opposent en ligne sur fond de manifestations et de mangas
Depuis une dizaine de jours, des internautes français et japonais s’affrontent sur X, entre références aux mangas, propos racistes et débats sur la discipline et la liberté d’expression.
Depuis une dizaine de jours, la plateforme X, anciennement Twitter, est le théâtre d’une confrontation inattendue entre internautes français et japonais. Mèmes, propos racistes et accusations réciproques se multiplient, sur fond de manifestations en France les 17 et 24 octobre. Les images de ces cortèges, largement relayées à l’international, ont été remarquées au Japon, où certains utilisateurs ont réagi avec virulence.
Le point de départ tient à un symbole populaire. Le 17 octobre, lors des mobilisations réclamant davantage de moyens pour l’éducation et les services publics ainsi qu’une amélioration du pouvoir d’achat, de nombreux jeunes ont brandi le drapeau Jolly Roger du manga One Piece. Dans l’œuvre originale, cet emblème incarne la liberté et la résistance. Très présent dans les mouvements citoyens, il a été adopté par une partie de la génération Z, qui a grandi avec ce manga. Jusqu’ici, sa présence n’avait pas gêné les fans de l’anime japonais, qui ne l’avaient pour la plupart pas remarquée.
La diffusion massive des images a changé la donne. Certains fans d’animes, ou simplement des internautes curieux de l’actualité française, se sont étonnés de voir leur culture populaire associée à des scènes de tension dans un pays étranger. Mais sur X, des comptes japonais ont commenté les vidéos en pointant la couleur de peau des jeunes manifestants et le « désordre » attribué à la France. Des messages racistes ont ainsi circulé, dont l’un demandait, en substance, ce qui resterait de la France « si on enlève les singes noirs ». Les réponses francophones ne se sont pas fait attendre.
Les échanges ont rapidement pris un tour conflictuel. Côté français, plusieurs internautes ont ressorti des stéréotypes sur la culture du travail japonaise, le taux de suicide ou encore les poupées gonflables. Côté japonais, certains commentaires ont visé le multiculturalisme français, les grèves à répétition, les scènes de rue ou le streaming illégal de mangas et d’animes en France. Un utilisateur de X a ainsi écrit vouloir critiquer ceux qui ont pris part aux émeutes et aux pillages en France, tout en appelant à ne pas utiliser l’anime ou les mangas japonais pour des choses jugées futiles et nuisibles.
Les traductions automatiques de la plateforme ont joué un rôle central dans l’amplification de la querelle. Un message traduit peut circuler d’un pays à l’autre et déclencher une riposte en chaîne. Les algorithmes favorisent par ailleurs les échanges conflictuels, qui gagnent en portée et deviennent viraux. Une fois écartés les commentaires racistes, le fond du débat reste assez classique : les Français reprochent aux Japonais d’être trop disciplinés, trop polis et trop prompts à s’effacer, tandis que les Japonais répondent que les Français seraient chaotiques, qu’ils casseraient tout avant de se plaindre. La question de la liberté d’expression s’y oppose ainsi à celle de l’harmonie sociale.
Ce différend a une dimension paradoxale, puisque les deux pays entretiennent une relation d’estime. De nombreux Japonais apprécient la culture française, la mode, la gastronomie et le cinéma, et les Français comptent parmi les plus gros consommateurs de mangas et d’animes en Europe. Par ailleurs, la modération des contenus liés aux manifestations du 24 octobre a suscité d’autres débats en France : des internautes se sont étonnés de la diffusion limitée de certaines vidéos, tandis que d’autres assuraient que des mesures avaient été prises pour restreindre la circulation de certains contenus.
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