Emmanuel Macron a présidé ce dimanche la première journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus, 120 ans après sa réhabilitation par la Cour de cassation. Lors d’une cérémonie sur l’île de la Cité, à Paris, le chef de l’État a inauguré une statue à l’effigie du capitaine et a lancé un appel à la vigilance face à ce qu’il a qualifié de « retour de l’odieux antisémitisme ». Cette journée, instaurée un an avant la fin de son mandat, se tiendra désormais chaque 12 juillet.
« Face à ce retour de l’odieux antisémitisme, la vigilance est un devoir de tous les instants », a déclaré le président devant les descendants d’Alfred Dreyfus, des représentants de l’État et des élus. Il a également annoncé une nouvelle initiative mémorielle: il est temps, selon lui, que sur chaque maison, immeuble ou lieu où des Juifs furent abrités, hébergés et sauvés, soient apposés les noms des Justes qui les sauvèrent de la barbarie nazie. Il a appelé « toutes les municipalités de France à faire leur cette entreprise ».
La cérémonie s’est déroulée en présence du petit-fils du capitaine, Charles Dreyfus, âgé de 99 ans, l’une des dernières personnes encore vivantes à l’avoir connu. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a également pris la parole. Ce moment solennel intervient dans un contexte marqué par une forte hausse des actes antisémites en France. Selon le ministère de l’Intérieur, 1 320 actes antisémites ont été recensés en 2025, un niveau jamais atteint depuis trois ans.
Alfred Dreyfus, officier juif, avait été accusé de haute trahison en faveur de l’Allemagne sur la base de fausses preuves, dans un climat politique enflammé par un antisémitisme profondément enraciné. Arrêté en octobre 1894, il fut condamné à la déportation à perpétuité le 22 décembre 1894 et envoyé au bagne sur l’île du Diable. Après deux procès et une mobilisation intellectuelle et politique sans précédent, notamment menée par l’écrivain Émile Zola, la Cour de cassation le réhabilita officiellement le 12 juillet 1906.
Cette journée nationale de commémoration rend également hommage aux « dreyfusards », ces intellectuels et citoyens qui œuvrèrent pour faire reconnaître l’innocence du capitaine. Emmanuel Macron poursuit ainsi un long travail mémoriel, ponctué par six entrées au Panthéon, dont celle de l’historien et résistant Marc Bloch le 23 juin dernier. Le président a souligné que la mémoire de l’affaire Dreyfus reste un rappel essentiel des dangers de l’antisémitisme et de l’injustice, et que la vigilance doit être permanente.
La cérémonie a eu lieu tout près de la Cour de cassation, symbole de la réhabilitation de Dreyfus. Les descendants du capitaine ont salué cet hommage, tout en rappelant que la lutte contre l’antisémitisme est un combat de chaque instant. Charles Dreyfus, le petit-fils, a exprimé sa gratitude pour cette reconnaissance nationale, tout en appelant à ne pas oublier les leçons de l’histoire.
Alors que la France fait face à une résurgence des actes antisémites, le président Macron a insisté sur la nécessité de transmettre cette mémoire aux jeunes générations. Il a également évoqué le rôle des Justes parmi les nations, ces Français qui ont sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et a encouragé les municipalités à honorer leur mémoire. Cette initiative s’inscrit dans une politique mémorielle plus large, visant à lutter contre l’oubli et à promouvoir les valeurs de justice et de tolérance.
L’affaire Dreyfus reste l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire de la République française, illustrant les dangers de l’antisémitisme et de l’injustice judiciaire. La journée du 12 juillet devient ainsi un rendez-vous annuel pour rappeler que la vérité et la justice finissent par triompher, mais que la vigilance ne doit jamais faiblir.



