Société 5 min de lecture Par Noémie Weber
Lush relance sa campagne contre le « coût réel » des réseaux sociaux
Cinq ans après avoir suspendu ses comptes dans 48 pays, la marque de cosmétiques Lush dénonce à nouveau les effets néfastes des réseaux sociaux et lance le site « Safer Socials » pour informer et orienter les utilisateurs.
Cinq ans après avoir mis en veille ses comptes sur les principales plateformes sociales dans 48 pays, la marque de cosmétiques Lush reprend la parole pour dénoncer ce qu'elle appelle le « coût réel » des réseaux sociaux. L'entreprise britannique, qui n'a jamais réactivé ses publications depuis novembre 2021, estime que la situation s'est dégradée et lance une nouvelle campagne de sensibilisation baptisée « Safer Socials ».
Cette initiative prend la forme d'un site Internet dédié qui rassemble des ressources et oriente les utilisateurs vers des associations susceptibles de leur apporter un soutien. Lush y détaille les cinq coûts qu'elle impute aux plateformes : le temps passé en ligne, les données personnelles, les droits des utilisateurs, la santé mentale et, plus largement, la démocratie. La marque souhaite ainsi expliquer pourquoi elle a choisi de se retirer de ces espaces, une décision qui, selon elle, reste mal comprise par une partie de sa clientèle et même de son personnel.
Interrogé sur les raisons de cette mise en veille, Andrew Butler, responsable des campagnes chez Lush, rappelle que la décision de 2021 faisait suite aux révélations de Frances Haugen, ancienne employée de Meta devenue lanceuse d'alerte. Celle-ci avait affirmé que l'entreprise connaissait les préjudices causés aux utilisateurs de ses plateformes mais avait privilégié le profit. « Nous avons estimé que les réseaux sociaux n'étaient plus des espaces sûrs pour interagir avec nos clients », explique-t-il.
Selon lui, la situation s'est depuis aggravée, notamment après le rachat de Twitter par Elon Musk. Le réseau, rebaptisé « X », a vu ses équipes de modération et de sécurité réduites, tandis que des comptes diffusant de fausses informations ou des discours haineux ont été réactivés. Andrew Butler pointe aussi la proximité entre certains propriétaires de plateformes et des dirigeants autoritaires, ainsi que leur opposition aux législations visant à renforcer la sécurité et la responsabilité des réseaux.
Lush précise qu'elle n'a jamais été opposée aux réseaux sociaux en tant que moyens de communication, mais aux pratiques qui rendent certaines plateformes dangereuses. La marque a donc préféré une mise en veille à une fermeture définitive, laissant la porte ouverte à un retour si des changements concrets étaient apportés. Elle souligne également avoir développé au fil des années une communauté importante sur ces plateformes, ce qui rendait nécessaire un message visible expliquant l'arrêt de ses publications.
La campagne « Safer Socials » vise aussi à mettre en lumière des problèmes persistants, notamment en matière de vie privée et de caractère addictif des plateformes. Lush dit avoir collaboré avec de nombreux acteurs de la société civile qui militent pour des réseaux plus sûrs, parmi lesquels des proches ayant perdu des êtres chers à cause de contenus dangereux, ainsi que des jeunes engagés pour un avenir numérique meilleur. L'objectif est d'aider les personnes qui rencontrent des difficultés à gérer leur temps en ligne ou qui cherchent des informations, et de les orienter vers des ressources adaptées.
Pour la marque, l'un des coûts réels des réseaux sociaux concerne la démocratie elle-même. Andrew Butler estime que ces plateformes peuvent influencer le résultat d'élections et d'autres processus démocratiques, et qu'elles reflètent souvent les convictions politiques, les idéologies et les aspirations de leurs propriétaires, loin d'une quelconque impartialité.
Lush reconnaît que renoncer à l'un des canaux de communication les plus puissants pour une marque a un coût financier sans doute considérable, même s'il est impossible à chiffrer précisément. Andrew Butler compare cette situation à d'autres pratiques commerciales qui améliorent les résultats financiers tout en ayant des conséquences néfastes ailleurs, comme l'externalisation des coûts environnementaux. « Si nous vendons quelques bombes de bain en moins, ce n'est qu'un petit prix à payer », affirme-t-il, en souhaitant que les réseaux sociaux redeviennent des lieux d'échange sûrs et bénéfiques pour tous.




