Société 4 min de lecture Par Pauline Delorme
Parents d’élèves français : plus désabusés que désinvestis face à l’école
Alors que l’enquête Pisa pointe une baisse de l’implication parentale, de nombreux parents témoignent qu’ils sont déjà très investis, mais se disent découragés par un système scolaire jugé dégradé et inégalitaire.
La publication de l’étude internationale Pisa, qui révèle une nouvelle baisse des compétences des élèves français, a suscité de vives réactions. Les responsables politiques ont déploré ces résultats, qualifiés de « préoccupants » par le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. Parmi les conclusions de l’enquête, un point a particulièrement retenu l’attention : l’intérêt manifesté par les parents pour les études de leurs enfants aurait chuté de 14 points. Face à ce constat, la question de l’implication des familles dans le suivi scolaire est devenue centrale.
Pourtant, une grande partie des parents interrogés affirment qu’ils n’ont pas attendu les résultats de Pisa pour s’engager. Beaucoup considèrent que le suivi au quotidien relève de leur responsabilité première. Greg, dont le fils entre au collège en zone rurale, explique que sa priorité « avant quoi que ce soit, ce sont mes enfants ». Il précise : « Non, nous n’allons pas les suivre plus, vu que nous le faisons déjà. » Un autre lecteur renchérit : « Je n’ai pas attendu le résultat de Pisa pour surveiller correctement la scolarité de mes enfants. C’est mon rôle de parent de les soutenir pour assurer leur réussite scolaire. »
Mais au-delà de cette implication revendiquée, plusieurs témoins pointent un système scolaire qu’ils jugent dégradé. Les conditions de travail dans les classes, la baisse du niveau de recrutement des enseignants et le décalage entre les exigences théoriques et la réalité du terrain sont souvent cités. Sandrine, qui a passé son baccalauréat en 1992, souligne qu’avec 30 élèves par classe, « ils ne peuvent pas apprendre comme il faut ». Elle ajoute que « de plus en plus souvent, il manque des profs qui ne sont pas remplacés, ou pas aidés, et le programme est de plus en plus light ». Marie, elle, évoque « la casse de notre système scolaire » depuis cinquante ans, estimant que « les parents sérieux peinent à s’impliquer dans ce désordre, les autres s’occupent plus de critiquer les enseignants que de faire ce qu’il faut pour que leurs enfants réussissent ».
Si l’intention d’accompagner son enfant est largement partagée, les parents se heurtent à des obstacles majeurs au quotidien. Les horaires de travail pénibles, la monoparentalité ou encore le manque de ressources ne permettent pas à tous de s’investir de la même manière. Un témoin rapporte ainsi : « La réalité est plus complexe. Exemple typique dans mon entourage, une mère seule qui a trois enfants. Seule, ça devient compliqué de pouvoir suivre la scolarité de ses enfants. » Ces témoignages mettent en lumière une tension ancienne : le suivi des devoirs ne peut, à lui seul, combler les problèmes d’un système jugé à bout de souffle.
L’implication des familles demeure une aide précieuse, mais elle risque aussi d’accroître les inégalités entre les enfants dont les parents ont le temps ou les compétences pour les accompagner, et tous les autres. Alors que le ministre de l’Éducation a annoncé la diffusion de listes de lectures recommandées pour chaque période de vacances, une mesure présentée comme une réponse aux résultats de Pisa, les parents, eux, semblent attendre davantage de solutions structurelles que de nouvelles recommandations individuelles.




