Société 4 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Radio France : les personnels votent la grève et exigent le retrait de la chronique de Charles Sapin
Les personnels de Radio France, réunis en assemblée générale, ont voté le principe d'une grève et demandé le retrait de la chronique hebdomadaire de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de « Valeurs actuelles », sur France Inter.
Les personnels de Radio France ont durci le ton. Réunis en assemblée générale mercredi 2 septembre, ils ont voté le principe d'une grève et demandé à la direction le retrait de la chronique hebdomadaire confiée sur France Inter à Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction du magazine « Valeurs actuelles ». Une motion adoptée à l'unanimité exprime un « refus catégorique » de voir ce journaliste intervenir à l'antenne, estimant que les valeurs portées par son magazine ne sont pas « compatibles » avec celles du groupe public.
Selon le texte dont l'AFP a eu connaissance, l'intersyndicale de Radio France doit « déposer un préavis de grève dans les meilleurs délais » si la direction ne revient pas sur cette décision. L'assemblée générale, qui a rassemblé une centaine de personnes selon les organisateurs, a été marquée par des prises de parole virulentes. « On courbe la nuque devant ceux qui ont promis de nous décapiter », a lancé un syndicaliste, en référence aux accusations de partialité de l'audiovisuel public en faveur de la gauche et à la menace d'une privatisation du secteur brandie par le Rassemblement national.
La direction de France Inter justifie cette arrivée au nom du « pluralisme », alors que s'ouvre une année présidentielle. France Inter est la première radio de France en termes d'audience. Mais pour les opposants à cette chronique, cet argument ne tient pas. « Le pluralisme ne peut servir de prétexte à la légitimation de toutes les paroles », proclame la motion, qui s'adresse directement à la présidente de Radio France, Sibyle Veil, et à la directrice de France Inter, Céline Pigalle.
La chronique dominicale de Charles Sapin provoque « colère et incompréhension » au sein du groupe et parmi les auditeurs, ont souligné des participants à l'assemblée générale. « Le pluralisme, jusqu'où ? », s'est interrogé un responsable syndical. Les critiques visent notamment le parcours du journaliste et du magazine pour lequel il travaille. « Valeurs actuelles », classé très à droite, a été condamné à plusieurs reprises par la justice. En 2021, l'hebdomadaire avait notamment été épinglé pour avoir dépeint en esclave l'élue insoumise Danièle Obono, dont la peau est noire. Le magazine était alors dirigé par Geoffroy Lejeune, depuis passé au JDD.
Cette mobilisation s'inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de l'audiovisuel public. Les accusations de partialité en faveur de la gauche ont motivé, il y a un an, la création d'une commission d'enquête parlementaire par l'UDR, un parti allié au Rassemblement national. Les syndicats de journalistes de Radio France dénoncent par ailleurs ce qu'ils considèrent comme de « graves dérives » de la radio et de la télévision publiques, dont cette arrivée à l'antenne serait le dernier exemple en date.
La direction de Radio France n'avait pas réagi dans l'immédiat à l'issue de l'assemblée générale. Le dépôt d'un préavis de grève, s'il est confirmé dans les prochains jours, pourrait perturber les programmes des antennes du groupe, dont France Inter, France Info, France Culture et France Musique. L'intersyndicale devra déterminer la durée et le périmètre du mouvement.




