Actualités 4 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Iran : le régime maintient la pression sur le port du voile obligatoire, selon une avocate
L'avocate Chirinne Ardakani, présidente de l'association Iran Justice, décrit une stratégie alternant déploiement de la police des mœurs et replis tactiques, sans remise en cause de l'obligation du voile.
En Iran, le pouvoir ne renonce pas à l'obligation du port du voile et continue de faire peser une pression sur la population, selon l'avocate Chirinne Ardakani, présidente de l'association Iran Justice. Invitée à s'exprimer sur la situation des droits des femmes dans le pays, elle a décrit une stratégie qui alterne répression visible et pauses tactiques, sans jamais abandonner le principe de l'obligation.
« Il s'agit d'une chorégraphie, qui consiste à alterner des périodes où la police des mœurs est déployée pour tyranniser la population et des moments de repli stratégique », a-t-elle expliqué. Selon cette lecture, les phases de retrait apparent ne traduisent pas un assouplissement du régime, mais une adaptation destinée à maintenir le contrôle sur la société tout en gérant les coûts politiques et sécuritaires de la répression.
Cette analyse intervient alors que la question du voile obligatoire reste un point de tension majeur en Iran. Les autorités iraniennes ont réaffirmé à plusieurs reprises leur attachement à cette règle, tandis que des mouvements de contestation, notamment après la mort de Mahsa Amini en 2022, ont mis en lumière l'ampleur des oppositions. Pour Chirinne Ardakani, les oscillations observées dans l'application de la loi ne doivent pas être interprétées comme une libéralisation, mais comme une méthode de gouvernement.
La présidente d'Iran Justice souligne que la police des mœurs reste un instrument central de cette politique. Son déploiement dans les espaces publics, les rues, les universités ou les transports vise à imposer une norme vestimentaire et à sanctionner les écarts. Les périodes de repli, elles, peuvent correspondre à des moments où le régime cherche à réduire la visibilité des violences ou à éviter une confrontation directe avec la population, sans pour autant modifier le cadre légal.
Cette stratégie s'inscrit dans un contexte plus large de contrôle social et de restrictions des libertés en Iran. Les défenseurs des droits des femmes et les organisations internationales dénoncent depuis des années les arrestations, les amendes et les pressions exercées sur celles qui refusent de se conformer aux règles vestimentaires. L'obligation du voile demeure inscrite dans le droit iranien, et les tentatives de réforme se heurtent à l'opposition des institutions conservatrices.
Pour l'association Iran Justice, la persistance de cette politique montre que le régime ne « lâche pas de lest » sur la question. Les alternances décrites par Chirinne Ardakani ne constituent donc pas des concessions durables, mais des ajustements tactiques. Cette analyse rejoint les observations de nombreux observateurs, qui notent que les autorités iraniennes continuent de considérer le voile obligatoire comme un pilier de l'ordre public et un symbole de leur autorité.
La question reste suivie de près par les organisations de défense des droits humains, qui appellent à une attention constante sur la situation des femmes iraniennes. Si les modalités d'application peuvent varier, le principe de l'obligation n'a pas été remis en cause par les autorités. Pour Chirinne Ardakani, cette continuité doit être prise au sérieux : elle signifie que les pressions sur la population, sous des formes diverses, sont appelées à se poursuivre tant que le cadre juridique restera inchangé.




