Actualités 4 min de lecture Par Noémie Weber
Les drones russes Geran-3 et Geran-5 passent au réacteur pour déjouer la défense ukrainienne
Équipés de petits turboréacteurs, les derniers modèles de drones Geran lancés par Moscou sur l’Ukraine volent deux fois plus vite que leurs prédécesseurs à hélice, compliquant la tâche des défenses aériennes de Kiev.
Les derniers drones Geran déployés par l’armée russe ont changé de propulsion. Équipés de petits turboréacteurs, ils volent deux fois plus vite que les modèles à hélice, une évolution qui inquiète désormais les autorités ukrainiennes et complique la défense aérienne de Kiev.
Le Geran est une version perfectionnée du Shahed 136, drone kamikaze iranien. Fabriqué en Russie sous licence, il en est déjà à sa version 5, après seulement quatre ans d’utilisation sur le front ukrainien. Rustique et bon marché, comparé à un missile balistique, il peut être produit rapidement et à l’échelle industrielle. Selon l’Institute for Science and International Security (ISIS), la capacité de production russe permettait d’envoyer en moyenne 167 drones Geran par jour sur l’Ukraine en mai 2026.
Pendant longtemps, le principal changement du Geran tenait à ses équipements électroniques : système de guidage par satellite, centrale inertielle, charge utile. Sa propulsion, elle, restait inchangée : une hélice entraînée par un moteur à pistons de 50 chevaux, produit par la société iranienne Oje Parvaz, selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS). Cette base a été bouleversée à partir de janvier 2024 avec le Geran-3, qui a troqué ce moteur contre un petit turboréacteur de fabrication chinoise, le Telefly JT80, d’après le site gouvernemental ukrainien War Sanctions.
Ce choix technique a une conséquence directe : le Geran-3, premier drone à réaction de la série, atteint 480 km/h, soit le double de la vitesse maximale du Geran-2, affirme le CSIS. Les versions 4 puis 5 ont suivi, la cinquième étant entrée en service début 2026. Selon les services de renseignement ukrainiens, le Geran-5 conserve le même moteur que son prédécesseur, mais avec une poussée plus importante. Il emporte une ogive de 90 kg pour une portée déclarée d’environ 1 000 km.
Jusqu’ici, les drones à hélice étaient interceptés dans une large proportion. Serhii Flash, conseiller du ministre ukrainien de la Défense cité par l’ISIS, évoquait un taux d’interception compris entre 92 et 96 %. Mais la vitesse des Geran à réaction réduit la fenêtre d’engagement des groupes de tir mobiles ukrainiens et complique la planification de la défense aérienne. Pour y faire face, Kiev devrait recourir à des systèmes antiaériens plus performants, mais beaucoup plus coûteux. Le Patriot, par exemple, dont un seul missile dépasse les 3 millions de dollars.
Ces évolutions interviennent dans un contexte de frappes intenses. Une nouvelle salve de frappes russes a fait un mort à Kiev dans la nuit du 29 au 30 octobre 2026, tandis que le trafic aérien était fortement perturbé, en Ukraine comme dans les aéroports de Moscou et de Saint-Pétersbourg, où des drones ukrainiens ont également perturbé les vols. La Russie affirme par ailleurs avoir frappé des sites industriels, énergétiques et portuaires à Kiev, à Odessa et dans l’oblast de Dnipropetrovsk. Greenpeace Ukraine dit de son côté avoir localisé sept pétroliers russes transportant du diesel vers les États-Unis.
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