Société 4 min de lecture Par Pauline Delorme
70 000 policiers et gendarmes déployés pour la mobilisation du 31 octobre
Pour la journée de mobilisation du 31 octobre, le ministère de l’Intérieur déploie 70 000 policiers et gendarmes. Les syndicats alertent sur l’épuisement des effectifs face à des mobilisations qui pourraient durer.
Pour la nouvelle journée de mobilisation sociale du samedi 31 octobre, 70 000 policiers et gendarmes seront déployés, a annoncé le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. L’objectif affiché est d’éviter tout risque de chaos et de ne pas revivre les pillages et les exactions qui ont émaillé les cortèges du 17 octobre. Le dispositif est comparable à celui du 24 octobre, décrit par le ministre comme exceptionnel.
Dans un télégramme consulté par 20 Minutes, le directeur général de la police nationale, Louis Laugier, demande une « occupation particulièrement visible » et des « services d’ordre dissuasifs et en capacité de mettre fin aux exactions éventuelles ». Le ministère a imposé un taux de présence de 75 % dans les commissariats et les compagnies. Rudy Manna, délégué national du syndicat Unsa police, juge que le dispositif sera « encore plus important que la semaine dernière ».
Sur le terrain, la stratégie prévoit des opérations de surveillance et de sécurisation des réseaux de transports publics, avec des contrôles ciblés dans les trains à destination de Paris, ainsi que sur les axes structurants, les gares et les zones sensibles. Des unités spécialisées dans la gestion des violences urbaines et du maintien de l’ordre sont mobilisées. Le Raid doit protéger les bâtiments publics. Des engins lanceurs d’eau seront positionnés, et des drones fourniront une vision aérienne d’ensemble. L’administration prévoit aussi un renforcement du dispositif judiciaire dans les locaux de police pour traiter rapidement les interpellations.
La mobilisation a légèrement reculé la semaine passée, entre 410 000 et 800 000 personnes contre 550 000 à 800 000 la semaine précédente, selon les chiffres cités. Pourtant, les appels à manifester se multiplient et ravivent chez les policiers le souvenir de la crise des « gilets jaunes » en 2018. Rudy Manna souligne une différence : à l’époque, il n’y avait qu’une manifestation hebdomadaire, le samedi, sans blocage de lycées en semaine. Les opposants appellent désormais à des « casserolades » dès vendredi, puis à une nouvelle mobilisation massive les 5, 6 et 7 novembre.
Le syndicaliste alerte sur la durée de l’effort : « Mobiliser toutes les semaines 70 000 forces de l’ordre, ça ne pourra pas durer trois mois. » Certains évoquent une mobilisation qui pourrait durer jusqu’à l’élection présidentielle. Il rappelle aussi que la délinquance du quotidien se poursuit et que les policiers doivent continuer d’assurer ce travail en parallèle.
Dans les rangs, la fatigue se fait déjà sentir, notamment à cause des retours sur les jours de repos pendant les vacances scolaires. S’ajoute la fête d’Halloween, qui tombe le samedi soir, et pour laquelle les policiers ont identifié des risques de débordements relayés sur les réseaux sociaux. Rudy Manna décrit des journées de 14 à 16 heures, parfois plus : des collègues à Marseille ont commencé à 5 heures du matin la semaine précédente et terminé à 23 heures, avec un équipement de 17 kilos. Il fait état de blessés chaque semaine.
Le syndicat Unsa police compare ce défi à celui des Jeux olympiques organisés deux ans plus tôt, mais l’ambiance n’a plus rien à voir. Il réclame de l’État des « gestes forts » et une reconnaissance concrète du travail demandé. « On ne peut pas demander aux policiers de tout sacrifier sans contrepartie, surtout que c’est l’équilibre du pays qui est en jeu », conclut Rudy Manna.
7




