Udata

mardi 15 septembre 2026 · Paris

Rechercher

Actualités 5 min de lecture Par

Rémy Daillet jugé à Paris pour l'enlèvement de Mia et un projet de renversement de la République

Le complotiste d'extrême droite Rémy Daillet et quatorze autres prévenus comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour l'enlèvement de la petite Mia en 2021 et des projets d'attentats visant à renverser l'État.

Rémy Daillet jugé à Paris pour l'enlèvement de Mia et un projet de renversement de la République
Rémy Daillet, le gourou complotiste d’extrême droite qui voulait renverser la République, jugé pour l’enlèvement de Mia

Rémy Daillet, figure du complotisme d'extrême droite en France, comparaît depuis mardi devant le tribunal correctionnel de Paris aux côtés de quatorze autres prévenus. L'ancien responsable d'une organisation clandestine est poursuivi notamment pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme et complicité du délit de soustraction de mineur par ascendant. Il encourt jusqu'à trente ans de réclusion criminelle et 500 000 euros d'amende.

L'affaire trouve son point de départ dans l'enlèvement de Mia, une fillette de 8 ans placée chez sa grand-mère par les services sociaux. Le 13 avril 2021, deux hommes se présentent au domicile de l'aïeule en se faisant passer pour des éducateurs du Service territorial éducatif de milieu ouvert. Ils prétextent un droit de visite entre l'enfant et sa mère, Lola M., et repartent avec la petite fille à bord d'un fourgon Volkswagen conduit par un troisième complice. Le scénario, intégralement consigné dans un document intitulé « OP Lima », prévoyait jusqu'au ton à employer : « Parlez assez fort avec un ton un peu infantilisant », pouvait-on y lire.

Alors que Mia est conduite vers un parking où l'attend sa mère, à une dizaine de kilomètres, le doute gagne la grand-mère et une alerte enlèvement est déclenchée. La fillette et sa mère seront retrouvées cinq jours plus tard dans un squat en Suisse. Selon les enquêteurs, l'opération a été organisée, fomentée et financée depuis la Malaisie par Rémy Daillet, qui en avait revendiqué la paternité sur sa chaîne YouTube tout en clamant son innocence. Un mandat international est délivré contre lui ; il est arrêté en mai 2021 par les autorités malaisiennes puis transféré en France.

Au-delà du rapt de Mia, le dossier dessine les contours d'une organisation nationale structurée. Se servant de son aura, Rémy Daillet, 59 ans, aurait recruté environ 300 volontaires, présentés comme des « soldats » ou « combattants ». Il attribuait les rôles à l'échelle régionale et donnait les ordres, au point d'être considéré par les enquêteurs comme le chef du mouvement « La nouvelle France ». Lui se définit comme « l'autorité morale » du groupe. Les projets prêtés à ses disciples incluaient des attaques contre des juifs et des francs-maçons, la destruction d'un centre de vaccination contre le Covid, la mise à terre d'antennes 5G et, à terme, la prise du pouvoir en France. La « récupération » d'enfants « enlevés indûment à leur famille » devait servir d'entraînement.

L'enquête a mis au jour des liens avec l'extrême droite et un groupuscule néonazi, « Honneur et nation ». Des images d'Alain Soral et de Florian Philippot figurent parmi les éléments saisis, de même que des enregistrements dans lesquels Rémy Daillet dit prendre modèle sur « le discours du Führer dans les années 30 ». Sur sa chaîne YouTube, il avait diffusé une vidéo intitulée « Oradour, bravo ! Mais il faut aller plus loin », qu'il assure devoir être prise au second degré. Dans un groupe WhatsApp baptisé « Les Patriotes », une dizaine de participants promettaient, une fois au pouvoir, d'abolir les impôts et la dette et d'écarter les « mauvais juges », qu'il envisageait d'envoyer à Cayenne.

Les thèses complotistes américaines QAnon constituent la matrice idéologique revendiquée par les prévenus. Ces derniers entendaient protéger Mia d'un réseau « pédocriminel » imaginaire. Le parquet décrit une organisation portée par un rejet global : confinement, vaccination, chômage de masse, mais aussi « immigration-invasion », « dissolution des familles » ou « empoisonnements publics ». Remis en liberté sous contrôle judiciaire en 2023, Rémy Daillet a continué d'alimenter le compte « Rémy pour demain », appelant à la « reconquête du pays », par la violence s'il le faut. Des participants conseillaient même de se procurer une arbalète et une vingtaine de flèches. Lors des perquisitions, des armes à feu et des cartouches ont été retrouvées chez plusieurs d'entre eux.

Parmi les quinze prévenus figurent d'anciens militaires, un professeur de chimie et un musicien. L'avocat de Rémy Daillet, Dylan Slama, rejette l'image de gourou véhiculée par les médias et dénonce des « exagérations » et des « fantasmes » qu'il entend désacraliser devant le tribunal. Le procès doit permettre d'établir le rôle exact de chaque accusé dans une affaire qui mêle enlèvement d'enfant, projets d'attentats et tentative de déstabilisation des institutions républicaines.

Mathieu Blanchard

Auteur

Correspondant international

Mathieu Blanchard couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.