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« Naza », documentaire primé à Venise sur Gaza, suscite la colère du gouvernement israélien

Le documentaire « Naza », réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor et primé à la Mostra de Venise, dénonce les violences de l'armée israélienne à Gaza à travers 24 témoignages anonymes de militaires. Sa sortie en salles le 30 septembre provoque déjà une vive polémique en Israël, où le ministre de la Culture réclame la déchéance de nationalité des réalisateurs.

« Naza », documentaire primé à Venise sur Gaza, suscite la colère du gouvernement israélien
On a vu « Naza », le documentaire choc sur Gaza qui provoque l’ire du gouvernement israélien

Le documentaire « Naza », réalisé par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a reçu le prix spécial du jury à la Mostra de Venise le samedi 12 septembre. Le film, dont le titre signifie « dommage collatéral » en arabe, met en cause la conduite des opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza. Il s'appuie sur vingt-quatre témoignages anonymes de membres de l'armée et des services de renseignement israéliens. Sa sortie en salles est prévue le 30 septembre, mais il suscite déjà une vive polémique en Israël et à l'international.

Dès le dimanche suivant la remise du prix, le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a réclamé que Yuval Abraham et Rachel Szor soient déchus de leur nationalité israélienne. L'armée israélienne, de son côté, rejette en bloc les accusations portées par le film et demande une enquête sur les sources des réalisateurs. Cette controverse intervient alors que les deux cinéastes avaient déjà été accusés d'antisémitisme pour leur précédent film, « No Other Land », oscarisé en 2025 et primé à Berlin en 2024. Ils avaient alors reçu des menaces de mort, et leur coréalisateur palestinien, Basel Adra, avait subi de violentes représailles.

« Naza » est coproduit par le quotidien britannique The Guardian, et Jonathan Glaser, réalisateur oscarisé de « La Zone d'intérêt », en est le producteur exécutif. Le dispositif cinématographique se veut factuel et glacial. Les réalisateurs ont réuni des images d'actualités, notamment du massacre du 7 octobre et des discours politiques, dont une déclaration de Benyamin Netanyahou sur sa définition du terrorisme. À cela s'ajoutent des prises de vues de Tel Aviv, où la vie continue entre deux alertes, et des entretiens filmés dans la pénombre, sur une terrasse surplombant la ville. Les visages des intervenants sont floutés et leurs voix modifiées pour les protéger.

Les témoignages recueillis sont d'une violence extrême. Selon les militaires interrogés, l'armée israélienne considérerait qu'une marge d'erreur de 15 % sur les personnes tuées est acceptable. Plusieurs affirment que tuer des supposés terroristes la nuit, au milieu de leurs familles, femmes et enfants compris, est une pratique courante. L'un des soldats compare les frappes à un jeu vidéo, un autre avoue s'être amusé à tirer sur des Palestiniens tentant d'atteindre des points de ravitaillement. Certains admettent avoir abattu des innocents en sachant qu'ils n'étaient ni armés ni menaçants. D'autres racontent avoir détruit des quartiers entiers avec pour instruction de tout raser, avant que la communauté internationale n'ait le temps de s'indigner.

Le film ne s'appuie ni sur des reconstitutions dramatiques ni sur une musique destinée à émouvoir. Sa force réside dans sa sobriété absolue. Les images finales de Gaza en ruines, succédant à des scènes de vie paisible à Tel Aviv, soulignent le contraste entre les deux camps. Pour ses défenseurs, « Naza » est une œuvre importante par sa forme comme par son fond, qui mérite d'être vue en salle. Pour ses détracteurs, il cristallise les tensions au plus haut niveau de l'État israélien. Le public français pourra se faire sa propre opinion à partir du 30 septembre.

Pauline Delorme

Auteur

Rédactrice culture

Pauline Delorme couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.