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Logement social : la priorité nationale du RN ne résoudrait pas la pénurie, selon les bailleurs

Marine Le Pen propose de réserver l'accès au logement social aux Français. Les organismes HLM rappellent que les étrangers y sont sous-représentés et que la crise vient du manque de constructions.

Logement social : la priorité nationale du RN ne résoudrait pas la pénurie, selon les bailleurs
Non, donner la priorité aux Français sur le logement social ne résoudra pas la pénurie

Marine Le Pen a fait du logement l'un des axes de sa rentrée politique, dimanche 13 septembre à Hénin-Beaumont. La candidate du Rassemblement national à la présidentielle a promis que, en cas de victoire, l'accès au logement social serait réservé en priorité aux Français, au détriment des critères de revenus ou du nombre d'enfants à charge. Elle a justifié cette mesure en affirmant que ce dispositif bénéficierait aujourd'hui « à une immigration incessante » plutôt qu'aux familles françaises dans le besoin.

Cette proposition n'est pas nouvelle. Marine Le Pen l'avait déjà défendue en 2017 et en 2022, avec des arguments presque identiques. En 2024, le Rassemblement national avait même déposé une proposition de loi visant à faire de la nationalité le premier critère examiné lors de l'attribution d'un logement social. Mais les organismes HLM contestent fermement cette lecture des chiffres.

Selon l'Union sociale pour l'habitat (USH), qui fédère les bailleurs sociaux, les étrangers représentent environ 15 % des locataires du parc HLM, pour une part d'environ 7 % dans la population nationale. Sa présidente, Emmanuelle Cosse, rejette l'idée d'un favoritisme : « Contrairement à ce qu'elle dit, les étrangers ne sont pas favorisés dans l'accès au logement social. Il n'y a aucun favoritisme. On a même vu que leur accès est inférieur à celui des ménages français. » Les organismes dénoncent une « lubie xénophobe ».

Le RN met en avant d'autres chiffres, issus du ministère de l'Intérieur, selon lesquels 30 % des immigrés vivant en France habitaient un logement HLM en 2022, contre 11 % des non-immigrés. Mais cet écart reflète surtout la plus grande précarité des immigrés et la taille plus importante de leurs ménages, précise le ministère. Ces derniers sont aussi beaucoup moins souvent propriétaires : 36 % contre 63 % pour les non-immigrés.

Sur le plan juridique, une priorité nationale se heurterait à l'article 225-1 du Code pénal, qui interdit toute distinction fondée sur l'origine, le patronyme ou l'appartenance ethnique. Au-delà de la légalité, la Confédération nationale du logement prévient que « la préférence nationale ne résoudra rien à la pénurie ».

Car la crise du logement social est avant tout une crise de l'offre. En 2025, près de 2,9 millions de ménages étaient en attente d'un logement social, selon l'USH, alors que seulement 394 000 logements ont été attribués, d'après l'Agence nationale de contrôle du logement social. Les attributions ont légèrement progressé après plusieurs années de baisse, mais le retard cumulé reste considérable.

La construction de logements sociaux a fortement ralenti. La Fondation pour le Logement des Défavorisés estime qu'environ 86 000 logements sociaux ont été financés en 2024, contre 124 000 en 2016. Dans le même temps, la paupérisation de la population rend la situation plus difficile : en 2023, 62 % des demandeurs avaient des ressources inférieures aux plafonds du logement « très social », contre 57 % en 2016. Or la part de ces logements a diminué, passant de 44 % à 41 %. Entre 2014 et 2023, le parc social a crû de 11 %, mais la part du très social n'a progressé que de 4 %.

Pour les bailleurs, la priorité affichée par le RN détourne donc l'attention d'un problème structurel : produire davantage de logements abordables et répondre à une demande qui ne cesse d'augmenter.

Rémi Lefèvre

Auteur

Reporter sport

Rémi Lefèvre couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.