Politique 5 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Présidentielle 2027 : la participation, un enjeu décisif de la campagne
À l'approche de la présidentielle de 2027, la politiste Anne Muxel souligne que faire augmenter la part d'électeurs certains d'aller voter pourrait faire basculer l'élection, alors que le logement s'impose dans le débat.
La campagne présidentielle de 2027 se jouera en partie sur la capacité des candidats à mobiliser des électeurs dont le vote reste incertain. Selon la politiste Anne Muxel, interrogée dans le cadre de la première enquête électorale consacrée au scrutin, l'un des principaux enjeux de la campagne consiste à faire progresser la part des personnes certaines d'aller voter. Ce noyau d'électeurs déterminés, dont le suffrage peut faire basculer une élection, constitue un réservoir décisif pour les candidats.
Cette analyse intervient alors que la campagne s'installe dans le débat public, à moins de deux ans du scrutin. Les dynamiques de participation sont d'autant plus importantes que les enquêtes d'opinion dessinent une compétition serrée. Un nouveau sondage publié ce lundi 14 septembre 2026 indique ainsi que Marine Le Pen recule pour la première fois, tandis que Jean-Luc Mélenchon est présent au second tour dans la majorité des scénarios testés. Ces données, encore fragiles, confirment que la mobilisation des électeurs les plus hésitants pourrait peser lourdement sur l'issue du vote.
Le meeting de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, le 13 septembre 2026, a illustré cette volonté de mobilisation. La candidate du Rassemblement national y a présenté ses priorités, plaçant le logement parmi les « grands chantiers » de son quinquennat si elle accédait à l'Élysée. Elle a promis de donner la priorité d'accès au logement social aux Français et de leur réserver les aides personnelles au logement, une orientation qui a immédiatement suscité de vives réactions.
Les organismes HLM ont dénoncé avec fermeté ces propositions. Emmanuelle Cosse, porte-parole des bailleurs sociaux et ancienne ministre écologiste du Logement, a qualifié de « lubie xénophobe » l'idée de réserver le parc social aux ressortissants français. Elle a contesté tout favoritisme envers les étrangers, rappelant que leur accès au logement social est même inférieur à celui des ménages français. Les ménages étrangers représentent environ 15 % des locataires du parc social, selon l'Union sociale pour l'habitat.
La Confédération nationale du logement a également critiqué ces annonces, estimant que la préférence nationale ne résoudra rien à la pénurie. Près de trois millions de ménages sont en attente d'un logement HLM en France. Pour l'organisation, faire croire que les étrangers seraient les principaux responsables de la crise du logement relève du mensonge. La question du logement, premier poste de dépense des Français, s'annonce comme un thème central de la campagne, entre pouvoir d'achat et mixité sociale.
Marine Le Pen souhaite par ailleurs abroger la loi SRU, adoptée en 2000 pour favoriser la construction de logements sociaux et la mixité sociale. Cette loi oblige les communes de plus de 3 500 habitants en zone urbaine, et de 1 500 dans l'agglomération parisienne, à disposer de 20 % ou 25 % de logements locatifs sociaux. Pour Jacques Baudrier, adjoint communiste chargé du logement à la Mairie de Paris, une telle suppression constituerait un « recul gravissime ». Selon le dernier bilan triennal, un million de logements sociaux ont été produits entre l'instauration de la mesure et 2022, soit près de 20 % du parc actuel.
La candidate du RN propose aussi d'expulser les « familles délinquantes » des HLM, de remplacer MaPrimeRénov' par un prêt à taux zéro et de supprimer les contraintes liées aux diagnostics de performance énergétique. Des propositions jugées « à côté de la plaque » par Emmanuelle Cosse, qui estime que la priorité devrait porter sur l'encadrement des loyers, l'accession à la propriété et la spéculation foncière. Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés, résume sa position en dénonçant une ligne « xénophobe, ultralibérale, polluante ».
Au-delà des clivages partisans, ces débats rappellent que la campagne de 2027 ne se limitera pas à la seule question migratoire. La capacité des candidats à convaincre les électeurs indécis, sur des sujets concrets comme le logement et le pouvoir d'achat, pourrait déterminer l'issue du scrutin. Pour Anne Muxel, l'enjeu est clair : chaque voix gagnée parmi les électeurs certains d'aller voter peut faire la différence.




