Culture 4 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Athènes presse Londres de restituer les frises du Parthénon
La Grèce appelle le Royaume-Uni à faire preuve de courage pour restituer les frises du Parthénon, alors que les discussions entre Athènes et le British Museum auraient échoué selon le Telegraph.
La Grèce a publiquement exhorté le Royaume-Uni à faire preuve de « courage » pour restituer les frises du Parthénon, dans une tribune qui intervient sur fond d'enlisement des négociations entre Athènes et le British Museum. Selon le journal britannique The Telegraph, les discussions engagées depuis 2021 entre les deux parties auraient échoué, ce qui a conduit les autorités grecques à sortir de leur réserve pour interpeller directement Londres.
Dans cette prise de parole, Athènes ne se contente pas de réclamer le retour des marbres : elle invite le Royaume-Uni à « franchir le pas décisif », selon les termes relayés par la presse. Le message s'adresse autant au gouvernement britannique qu'à la direction du British Museum, où les sculptures sont conservées et exposées depuis plus de deux siècles. La Grèce estime que le moment est venu de dépasser les blocages juridiques et politiques qui ont jusqu'ici empêché tout accord.
Le cœur du litige remonte à 1802. Cette année-là, les frises avaient été détachées du Parthénon par Lord Elgin, alors ambassadeur britannique auprès de l'Empire ottoman, avant d'être transférées au Royaume-Uni. Athènes soutient depuis des décennies qu'il s'agit d'un pillage et réclame la restitution de ces pièces maîtresses de son patrimoine. Le British Museum, de son côté, a longtemps invoqué la légalité de l'acquisition et les contraintes de sa propre législation, qui lui interdit en principe de démanteler ses collections.
Les négociations entamées en 2021 avaient suscité un espoir inédit. Elles portaient sur des formules de prêt ou de partage des œuvres, sans transfert de propriété, afin de contourner les obstacles juridiques. Mais leur échec, révélé par The Telegraph, marque un coup d'arrêt à cette dynamique. La tribune grecque intervient donc dans un contexte de frustration croissante, alors que les deux camps semblent campés sur leurs positions.
Pour Athènes, la question dépasse le seul cadre muséal. Les frises du Parthénon sont devenues un symbole national et un enjeu de mémoire, régulièrement invoqués dans le débat public grec. Le gouvernement mise sur la pression internationale et sur l'évolution des mentalités, notamment dans les institutions culturelles occidentales, pour obtenir gain de cause. Plusieurs pays ont déjà restitué des œuvres acquises dans des contextes coloniaux, ce qui nourrit l'argumentaire grec.
À Londres, la position reste délicate. Le British Museum doit concilier la préservation de ses collections, sa mission de diffusion culturelle et les exigences croissantes de restitution formulées par plusieurs pays. Un éventuel accord sur les frises du Parthénon ferait jurisprudence et pourrait ouvrir la voie à d'autres restitutions. C'est précisément ce que redoutent certains responsables britanniques, qui invoquent le risque d'un précédent.
La tribune grecque ne fixe pas de calendrier ni de modalité précise. Elle vise d'abord à maintenir la pression médiatique et diplomatique sur Londres. En appelant le Royaume-Uni à faire preuve de « courage », Athènes renvoie les autorités britanniques à leurs responsabilités historiques et politiques. Le dossier, vieux de plus de deux siècles, reste donc ouvert, mais les perspectives d'un règlement rapide semblent s'éloigner.
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