La DJ Barbara Butch a annoncé, par l'intermédiaire de son avocate Me Audrey Msellati, le dépôt de plusieurs plaintes ce jeudi, visant notamment La France insoumise (LFI) pour des faits de « provocation publique à la haine et à la violence ». Cette décision fait suite à l'interruption brutale de son concert samedi dernier à Grenoble, où des militants propalestiniens et insoumis ont envahi la scène, contraignant l'artiste à fuir sous les jets de projectiles.

Les plaintes, déposées auprès du tribunal judiciaire, ciblent également certains élus et représentants locaux de LFI, le média d'extrême droite OMERTA et l'essayiste Alain Soral. Dans un communiqué, le conseil de Barbara Butch évoque une série d'infractions graves: « violences aggravées, entrave à la liberté de création artistique, cyberharcèlement aggravé, diffamation et injure publiques aggravées ». L'avocate a souligné que « le débat est une liberté; la violence est une infraction », justifiant ainsi la démarche judiciaire.

Les faits remontent au samedi 18 juillet, lorsqu'une centaine de militants ont interrompu le spectacle de la DJ au cours d'un festival à Grenoble. Selon la mairie, des « jets de bouteilles en verre » et d'autres projectiles ont été lancés « visant délibérément la scène ». Les manifestants reprochaient à Barbara Butch sa participation, en 2025, à un événement organisé à la résidence de l'ambassadeur de France en Israël, ainsi que sa signature d'une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan, qui visait à « lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme ». Cette loi, contestée comme une atteinte à la liberté d'expression, a depuis été retirée.

Le parquet de Grenoble a ouvert mardi une enquête pour « délit d'entrave concertée aux libertés ». De son côté, la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot, a reconnu mercredi sur BFMTV que le tract distribué par des militants Insoumis était « mauvais » et a condamné les insultes et les jets de projectiles. Elle a toutefois insisté: « Il n'y a pas d'antisémitisme dans nos rangs. »

Barbara Butch, figure emblématique de la scène électro et militante pour les droits LGBTQIA+, a affirmé qu'elle serait de retour aux platines « avec panache » samedi prochain, lors d'un festival dans l'Yonne. Son avocate a précisé que les plaintes visent à « laisser la justice voir qui est responsable et rétablir la vérité », dans une affaire qui mêle liberté d'expression, création artistique et tensions politiques.

Cette affaire intervient dans un climat politique tendu, où les questions de liberté d'expression et d'antisémitisme sont au cœur des débats. La proposition de loi Yadan, bien que retirée, avait cristallisé les oppositions, notamment au sein de la gauche radicale. L'interruption du concert de Barbara Butch, perçue comme une atteinte à la liberté artistique, a suscité une large condamnation, y compris au sein de la classe politique. La plainte contre LFI, mouvement politique majeur, marque une escalade judiciaire inédite, qui pourrait avoir des répercussions sur le paysage politique français.

L'enquête en cours à Grenoble devra déterminer les responsabilités exactes des militants et des organisateurs. Barbara Butch, de son côté, entend poursuivre sa carrière et ses engagements, tout en défendant ses droits devant la justice. Cette affaire soulève des questions fondamentales sur les limites de la contestation politique et la protection des artistes face à des pressions idéologiques.