Le tribunal de commerce de Toulouse a mis fin aux espoirs de reprise du site de Tarascon de Fibre Excellence, dernier grand producteur français de pâte à papier. Ce lundi 27 juillet, la procureure a requis la liquidation judiciaire de cette usine, rejetant dans le même mouvement l'offre de reprise portée par le financier Matthieu Pigasse. La décision a plongé les 270 salariés directs et les quelque 5 000 emplois indirects de la région dans l'incertitude et la colère.

L'offre de Matthieu Pigasse, qui prévoyait de conserver l'ensemble des 670 salariés des deux usines du groupe, a été jugée insuffisante par le tribunal. Les juges consulaires ont estimé que le plan présenté ne garantissait pas la viabilité à long terme du site de Tarascon, malgré les garanties financières apportées par l'homme d'affaires. Ce rejet sonne comme un coup de massue pour les salariés, qui dénoncent l'inaction du gouvernement dans ce dossier emblématique de l'industrie papetière française.

Alors que Tarascon fait désormais face à une liquidation judiciaire, l'autre site de l'entreprise, situé à Saint-Gaudens, bénéficie d'un répit de dernière minute. Le tribunal a accordé un sursis jusqu'au mercredi 29 juillet pour examiner une nouvelle offre de reprise, déposée par un mystérieux industriel dont l'identité n'a pas été révélée. Cette proposition surprise a relancé l'espoir pour les 400 salariés de Saint-Gaudens, mais le temps presse et l'issue reste incertaine.

La situation de Fibre Excellence illustre les difficultés persistantes de l'industrie papetière européenne, confrontée à la concurrence internationale et à la hausse des coûts de l'énergie. Le groupe, qui était l'un des derniers fabricants français de pâte à papier, avait été placé en redressement judiciaire plusieurs mois auparavant, faute de parvenir à trouver un repreneur solide. Les salariés, soutenus par les élus locaux, avaient multiplié les actions pour tenter de sauver leurs emplois.

Le rejet de l'offre de Matthieu Pigasse, pourtant soutenue par les syndicats, a provoqué une vive déception parmi les équipes de Tarascon. « C'est une décision incompréhensible, alors que nous avions un projet sérieux et des financements », a témoigné un représentant du personnel, joint par nos soins. Les salariés pointent du doigt le désengagement de l'État et l'absence de réponse concrète aux crises industrielles qui frappent les territoires.

L'avenir du site de Saint-Gaudens dépend désormais de l'examen de l'offre déposée par l'industriel mystérieux, prévu mercredi. Si cette offre est elle aussi rejetée, les deux usines pourraient être liquidées, anéantissant un pan entier de l'industrie papetière française et fragilisant l'économie locale de la région Occitanie. Les collectivités locales et les parlementaires ont appelé le gouvernement à intervenir d'urgence pour éviter une catastrophe sociale.

Cette affaire met en lumière les limites du système judiciaire des procédures collectives face à des dossiers complexes et à fort enjeu social. Alors que les salariés de Tarascon se préparent à une fermeture imminente, ceux de Saint-Gaudens retiennent leur souffle dans l'attente du verdict final du tribunal de commerce de Toulouse.