Les forces ukrainiennes ont intensifié ces dernières semaines leurs frappes de drones contre les infrastructures logistiques de Wildberries, considéré comme le plus grand acteur du commerce en ligne en Russie. Kiev justifie ces attaques en accusant l'entreprise de soutenir l'armée russe et de contribuer à l'économie de guerre du pays. Depuis la mi-juillet, plus d'une vingtaine d'entrepôts du groupe ont été visés, un bilan qui illustre l'ampleur de cette nouvelle tactique militaire.

Selon les informations communiquées par les autorités ukrainiennes, ces bombardements ont fait au moins 13 morts et causé plusieurs milliards de roubles de dégâts. Les autorités de Kiev affirment que Wildberries participe à l'importation de composants militaires destinés à l'armée russe, ce que l'entreprise conteste. Le géant du e-commerce, qui réalise un chiffre d'affaires de près de 70 milliards d'euros et emploie plus de 50 000 personnes, est devenu une cible prioritaire dans le conflit.

L'une des attaques les plus meurtrières a eu lieu dans la région de Moscou, où une frappe de drones ukrainiens a fait cinq morts. Les frappes se sont concentrées sur des centres logistiques et des sites de stockage, visant à perturber la chaîne d'approvisionnement du groupe. Ces opérations s'inscrivent dans une stratégie plus large de Kiev visant à affaiblir l'économie russe et à frapper des cibles considérées comme stratégiques loin de la ligne de front.

Wildberries, souvent comparé à Amazon en raison de sa position dominante sur le marché russe du commerce en ligne, est contrôlé par l'homme d'affaires Vladislav Bakalchuk. L'entreprise a connu une croissance spectaculaire depuis sa fondation, devenant l'un des plus grands employeurs privés de Russie. Ses entrepôts, répartis sur l'ensemble du territoire russe, jouent un rôle essentiel dans la distribution de biens de consommation à travers le pays.

Les frappes contre Wildberries s'ajoutent à une série d'attaques ukrainiennes de longue portée menées ces dernières semaines. L'armée russe a par ailleurs largué plus de 8 300 bombes guidées sur le territoire ukrainien en juillet, un nombre jamais atteint depuis le début du conflit, selon les autorités de Kiev. Cette escalade intervient alors que les frappes de drones se multiplient des deux côtés, touchant aussi bien des infrastructures civiles que des sites militaires.

Le choix de cibler une entreprise privée du secteur du e-commerce marque une évolution notable dans la stratégie ukrainienne. Pour les autorités de Kiev, il s'agit de démontrer que l'économie russe dans son ensemble participe à l'effort de guerre, y compris les acteurs du secteur privé qui contribuent au financement de l'armée par le biais de la fiscalité et de l'importation de technologies sensibles.

Les responsables russes ont condamné ces frappes, les qualifiant d'attaques contre des infrastructures civiles. La région de Moscou a été placée à plusieurs reprises en alerte face aux risques de nouvelles frappes de drones, et les autorités locales ont appelé les entreprises à renforcer la protection de leurs sites logistiques. Le conflit semble ainsi s'étendre au-delà du champ de bataille traditionnel pour inclure les infrastructures économiques et logistiques.

Cette situation soulève des questions sur le rôle des entreprises privées dans le conflit et sur les conséquences économiques de ces attaques pour un secteur déjà fragilisé par les sanctions internationales. Le géant du e-commerce russe, dont les entrepôts constituent des infrastructures stratégiques, devra probablement revoir ses dispositifs de sécurité pour faire face à cette nouvelle menace, alors que la guerre s'installe dans la durée.