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mardi 15 septembre 2026 · Paris

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La flambée du gazole est-elle vraiment liée aux frappes ukrainiennes, comme l'affirme Trump ?

Alors que le prix du gazole atteint des sommets aux États-Unis, Donald Trump attribue la hausse aux frappes ukrainiennes sur les raffineries russes. Un expert en énergie décrypte cette déclaration et démêle les vraies causes de la pénurie.

La flambée du gazole est-elle vraiment liée aux frappes ukrainiennes, comme l'affirme Trump ?
La hausse du diesel est-elle liée à la guerre en Ukraine comme l’affirme Trump ?

Le prix du gazole s'envole aux États-Unis, et Donald Trump désigne un coupable : l'Ukraine. Le président américain a affirmé que les frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières russes provoquaient une pénurie de diesel, appelant Volodymyr Zelensky à cesser de viser ces cibles. Une sortie qui intervient alors que le gallon de gazole s'affichait en moyenne à 6,27 dollars ce mardi, selon l'Association automobile américaine, un niveau record qui pèse sur le budget des ménages et alimente les tensions politiques à quelques semaines des élections de mi-mandat.

Interrogé par 20 Minutes, Michel Fayad, expert en énergie et en finance, estime que la déclaration de Donald Trump contient « du vrai et du faux ». Selon lui, le président américain cherche surtout à détourner l'attention de ses électeurs du Moyen-Orient, où l'attaque des États-Unis et d'Israël contre l'Iran en début d'année a provoqué une escalade dans une région par laquelle transite un tiers du pétrole mondial. Une stratégie politique que l'expert résume par une formule : « Keep them disturb », gardez-les distraits.

Il n'en reste pas moins que la campagne ukrainienne de frappes sur les dépôts de gazole et les raffineries russes a bien un effet sur le marché. Depuis son lancement, le gazole raffiné disponible est plus rare sur un marché déjà tendu, ce qui contribue mécaniquement à la hausse des prix. La Russie dispose en effet de capacités de raffinage élevées, et la réduction de cette offre intervient dans un contexte mondial où les marges de manœuvre sont limitées.

Mais l'expert rappelle que d'autres facteurs pèsent bien davantage. Lorsque les détroits d'Ormuz et de Bab El Oued sont bloqués ou perturbés, le pétrole ne sort plus ou moins, et les raffineries ne produisent plus ou moins, engendrant pénurie et hausse. Or les pays du Golfe exportent essentiellement du pétrole brut et quelques produits raffinés comme le méthanol ou le fioul lourd, et non du gazole raffiné. La responsabilité de la région dans la flambée du diesel est donc plus limitée qu'il n'y paraît.

La comparaison avec 2011 éclaire la situation française. À l'époque, le baril se négociait à 126 dollars, mais le gazole et l'essence s'affichaient autour de 1,35 euro le litre. Aujourd'hui, le baril approche les 110 dollars, mais les carburants comptent un euro de plus au litre. Cette différence s'explique en partie par la fermeture de deux raffineries en Normandie en 2012, puis d'une autre à Fos-sur-Mer, qui a réduit la capacité de raffinage française et accru la dépendance aux marchés internationaux.

À cela s'ajoute la fiscalité. L'alignement progressif de la taxation du gazole sur celle de l'essence, engagé à partir de 2015 sous François Hollande et poursuivi sous Emmanuel Macron, a renchéri le carburant. Aux États-Unis, la situation est différente : le pays dispose de raffineries et de pétrole, et importe notamment du Venezuela, mais le brut vénézuélien et nord-américain est de moins bonne qualité et donc plus coûteux à raffiner. Le baril y est coté au marché WTI, légèrement moins cher que le Brent européen, et les importations de gazole y restent faibles, même si les prix y sont plus élevés.

La question de la trêve énergétique pourrait rebattre les cartes. Moscou a salué la « bonne idée » de Donald Trump sur une trêve portant sur les infrastructures énergétiques, le président américain affirmant que l'Ukraine et la Russie se sont engagées à ne plus frapper ces sites. Si cet engagement se concrétise, la pression sur le marché du gazole pourrait retomber. Mais dans l'immédiat, la hausse des prix reste alimentée par une combinaison de facteurs : tensions géopolitiques, capacités de raffinage réduites et fiscalité alourdie. La responsabilité du conflit russo-ukrainien, réelle, n'explique qu'une partie du phénomène.

Rémi Lefèvre

Auteur

Reporter sport

Rémi Lefèvre couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.