Le projet de mégaferme de saumons porté par Pure Salmon au Verdon-sur-Mer, en Gironde, a été autorisé par la préfecture du département. Le feu vert, annoncé mardi 4 août, a été délivré « dans un cadre environnemental strict » et concerne une installation d’une ampleur inédite en France, conçue pour produire 10 000 tonnes de saumon par an.

Ce projet, soutenu par un fonds d’investissement singapourien, représente un investissement de 280 millions d’euros. Il prévoit la construction d’une usine sur 14 hectares à la pointe du Médoc, au bout de l’estuaire de la Gironde. Selon la préfecture, il « répond à plusieurs enjeux d’intérêt général »: la reconversion d’une friche industrialo-portuaire, la création de 250 emplois directs et la production sur le territoire national du poisson le plus consommé par les Français, qui est aujourd’hui importé à 99 %.

Le dossier avait déjà franchi plusieurs étapes favorables. La commission d’enquête publique avait émis un avis positif en mars, puis le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) avait rendu un avis favorable en juillet. L’autorisation délivrée est néanmoins assortie de « prescriptions environnementales particulièrement exigeantes », qui encadreront à la fois la phase de travaux et l’exploitation de l’installation.

Le projet divise profondément sur le plan local et national. Vingt-sept organisations non gouvernementales, réunies dans un « Appel pour l’océan », dénoncent une installation « complètement démesurée » qui menacerait l’écosystème du plus grand et du plus sauvage estuaire d’Europe. Elles mettent en garde contre les rejets de boues de l’élevage, estimant qu’ils se feraient au détriment de la pêche et de la conchyliculture.

L’opposition s’exprime aussi au Parlement. Une proposition de loi déposée en mars 2025 et soutenue par une centaine de députés réclame un moratoire de dix ans sur ce type de fermes-usines de saumons. Ce texte, qui n’a pas encore été examiné par l’Assemblée nationale, pourrait peser sur la suite du dossier.

La société Pure Salmon, elle, assure que son projet aura un « impact maîtrisé sur la biodiversité ». Elle invoque une technologie « éprouvée », des normes strictes en matière d’alimentation des poissons et une traçabilité complète. L’entreprise affirme également que le bien-être animal est au cœur du dispositif.

Le gouvernement n’a pas non plus affiché une position unanime. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait fait part de son opposition « à titre personnel » lors d’une audition au Sénat en avril. À l’inverse, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, avait estimé en juin, lors d’un déplacement en Gironde, que « dès lors que le projet respecte notre cadre », il n’y avait « aucune raison qu’il ne se fasse pas ».

Avec cette autorisation, la Gironde s’apprête à accueillir la première mégaferme de saumons de ce type en France. Le suivi de l’impact du site sur l’eau, la biodiversité et les nuisances devra être renforcé, conformément aux prescriptions imposées par la préfecture. Reste à connaître le calendrier précis des travaux et les conditions dans lesquelles l’exploitation pourra démarrer.