Les sapeurs-pompiers dénoncent un « déni de réalité » de l’État sur le financement des services de secours, alors que l’exécutif assure avoir massivement augmenté les moyens consacrés à la lutte contre les incendies. Selon eux, le budget de la Sécurité civile n’est plus à la hauteur des besoins, une réalité « intenable » au moment où les incendies mettent les secours sous pression.

Sur le budget de la Sécurité civile, l’État joue avec le feu, estiment les soldats du feu. Les annonces gouvernementales sur la hausse des moyens ne correspondraient pas à ce que vivent les services de secours sur le terrain. Un décalage que les pompiers résument en une formule: « déni de réalité ». La question posée par les intéressés est directe: le financement des services de secours est-il encore à la hauteur?

Cette polémique sur les moyens intervient alors que la Gironde panse encore les plaies des incendies de l’été. Parti de Saumos le 22 juillet, un mégafeu a parcouru 42 000 hectares et ravagé le village du Porge, dans le Médoc, dans la nuit du 23 au 24 juillet. En quelques heures, environ 185 habitations principales sur 1 600 ont brûlé, seul le centre du bourg ayant été épargné, selon le premier adjoint au maire, Jean Lajzerowicz.

À la sortie du village, sur la route qui mène au bassin d’Arcachon et au Cap Ferret, les maisons détruites et les terrains brûlés se succèdent sans logique apparente: des habitations épargnées surgissent au milieu des ruines, contournées par les flammes en raison des vents ou des sautes de feu. Dans les quartiers périphériques, « une maison sur deux a brûlé », estime l’élu, qui décrit « une vision de guerre » et des habitants traumatisés. Les flammes ont touché la commune en deux vagues successives, nourries par des phénomènes convectifs et la sécheresse. Les habitants évacués dans l’urgence dans la nuit du 22 au 23 juillet n’ont toujours pas le droit de regagner leur domicile, et l’odeur de brûlé prend à la gorge en permanence. Si l’incendie est considéré comme maîtrisé, « le feu vit toujours sous la tourbe », prévient Jean Lajzerowicz, et des départs de flammes sont encore régulièrement signalés.

Dans ce contexte, des bénévoles sillonnent la forêt pour éteindre les feux naissants et « on ne fait appel aux pompiers que pour les incendies conséquents », explique l’élu. D’immenses travaux de pare-feu ont été réalisés avec des bulldozers pour stopper la progression des flammes. Mercredi soir, un feu tactique a par ailleurs été allumé pour protéger le village naturiste La Jenny, qui fait partie des cibles prioritaires à défendre, précise Marc Vermeulen, directeur général du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de la Gironde. Ses 750 maisons en dur et le camping de la Grigne sont des « bijoux touristiques » que la commune veut préserver, selon Jean Lajzerowicz, notamment pour accueillir ceux qui n’ont plus de maison.

Au cœur du village, la solidarité s’est organisée autour des secours. Des habitants préparent chaque jour entre 1 000 et 1 500 repas pour les pompiers et les bénévoles qui tentent de sauver la commune. « Les 48 premières heures, on s’est sentis très seuls », témoigne Stéphanie, une habitante mobilisée. Puis, quand les gens ont compris ce qui se passait vraiment, l’aide a commencé à affluer, avec beaucoup de nourriture envoyée des environs et de toute la région.

Ce tableau contraste avec les discours officiels sur la hausse des moyens de lutte contre les incendies. Pour les sapeurs-pompiers, l’écart entre les annonces et la réalité du terrain relève du « déni ». La question du financement des services de secours, au cœur de la polémique, reste ainsi posée alors que la Gironde commence à peine à mesurer l’ampleur des destructions.