Économie 3 min de lecture Par Noémie Weber
Russie : l’écart de revenus entre Moscou et Touva dépasse quatre contre un
Derrière un PIB de 2,56 billions de dollars et une base de ressources hors norme, les données régionales russes révèlent des écarts considérables de revenus et de pauvreté.
La Russie cumule deux réalités que les moyennes nationales ont tendance à confondre. D’un côté, la Banque mondiale évalue son PIB 2025 à environ 2,56 billions de dollars pour 143,5 millions d’habitants. De l’autre, les données territoriales de Rosstat montrent qu’un rouble de revenu moyen n’a pas la même présence sur la carte selon que l’on vit à Moscou ou dans certaines républiques éloignées.
En 2024, le revenu monétaire moyen par habitant atteignait 63 959 roubles par mois pour l’ensemble du pays. À Moscou, il montait à 143 171 roubles. Dans la République de Touva, il était de 33 541,6 roubles et le revenu médian de 26 264,2 roubles. Le niveau moyen moscovite était donc environ 4,27 fois supérieur à celui de Touva.
Le taux de pauvreté renforce ce contraste. Les données révisées de Rosstat donnent 7,1% de la population russe sous le seuil national de pauvreté en 2024. À Touva, l’indicateur régional atteignait 20,4%. Cela ne permet pas de dire que « la Russie hors Moscou » serait un bloc pauvre : de grandes métropoles régionales et plusieurs territoires producteurs d’énergie ou de minerais affichent des revenus élevés. Mais cela quantifie l’ampleur des écarts qui peuvent exister à l’intérieur d’un même pays.
Ces différences sont d’autant plus frappantes que la Russie possède une base naturelle exceptionnelle. L’EIA recense 58 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole au début de 2024 et 1 559 billions de pieds cubes de réserves prouvées de gaz en 2023. L’USGS indique qu’en 2024 le pays produisait 41% du palladium mondial et 30% des diamants naturels de qualité gemme. La FAO estimait par ailleurs ses forêts à environ 815 millions d’hectares en 2020, soit un cinquième du total mondial.
Le problème statistique n’est donc pas l’absence de richesse, mais sa transformation et sa géographie. Le district fédéral d’Extrême-Orient couvre 40,6% du territoire russe avec seulement 5,38% de la population. La Banque mondiale souligne depuis plusieurs années que la dispersion intérieure de la population, les distances aux grands marchés, l’héritage de l’industrialisation planifiée et la concentration de l’extraction influencent fortement les performances régionales.
Les services de base peuvent eux aussi varier fortement. En Bouriatie, les statistiques de 2024 indiquent que, dans le parc de logements rural, 21,7% de la surface disposait de l’eau courante, 18,2% de l’assainissement et 10,7% de l’eau chaude. Il s’agit d’un exemple régional précis, pas d’une moyenne nationale.
Ces chiffres dessinent une Russie où la richesse naturelle et la prospérité des ménages ne se superposent pas automatiquement. L’enjeu économique ne consiste pas seulement à extraire davantage, mais à transformer les revenus tirés des ressources en réseaux, en capital humain, en activités diversifiées et en services capables de réduire la distance entre régions.




