L'ancien ministre de l'Économie Bruno Le Maire avance ses pions en vue de la présidentielle de 2027. Sans officialiser sa candidature, il a livré dans un entretien àLa Tribune Dimancheune vision tranchée: il ne s'agit plus de « réformer » le système, mais de « changer de système ». Selon lui, la France traverse une « crise de régime larvée » et son modèle est « en bout de course », incapable de répondre aux attentes des Français en matière d'économie, de sécurité et d'éducation.

L'ancien locataire de Bercy (2017-2024) prône une « rupture » et la construction d'un « autre modèle ». Il détaille trois priorités pour un éventuel mandat. D'abord, redonner de la prospérité à un peuple « en appauvrissement accéléré depuis des décennies »: le travail doit payer et les entreprises doivent être libérées. Ensuite, rétablir l'autorité de l'État en appliquant la même règle partout, pour tous, tout le temps, ajoutant que « la peur doit changer de camp ». Enfin, placer l'Allemagne au cœur de la stratégie européenne, seule capable selon lui de construire une Europe résistant aux puissances chinoise et américaine.

Le Maire précise sa conception du modèle social. Il le limite à « un filet de sécurité, pas un open bar », réservant la protection aux plus fragiles et misant sur le travail plutôt que sur de nouvelles aides. Il défend également une vision du rôle présidentiel recentré: le chef de l'État doit définir la direction, non gouverner à la place du gouvernement. Cette sortie intervient dans un paysage politique encombré à droite et au centre, où Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau ont déjà pris position.

Ancien candidat à la primaire de la droite en 2016, Bruno Le Maire revendique sa « différence » face à ces concurrents. Il estime que trente années d'expérience l'ont convaincu de l'insuffisance des réformes et de la nécessité d'un changement structurel. Son retour au gouvernement à l'automne 2025, lors du bref gouvernement Lecornu 1 tombé en douze heures, avait été marqué par des critiques: nommé aux Armées, il avait cristallisé les récriminations sur le dérapage des finances publiques après la pandémie de Covid-19. Reste à savoir jusqu'où il portera son projet, mais il affirme que « l'avenir le dira ».