Politique 5 min de lecture Par Pauline Delorme
Des militants de gauche reprennent la méthode brésilienne pour invisibiliser l’extrême droite sur les réseaux
Inspirés par la campagne de Lula au Brésil, des militants de gauche en France lancent des consignes de blocage et de mobilisation sur WhatsApp, X et Instagram pour réduire la visibilité de l’extrême droite avant la présidentielle de 2027.
Des internautes de gauche en France tentent de reproduire, en vue de la présidentielle de 2027, une stratégie numérique utilisée lors de la campagne brésilienne de Lula. Le mouvement, qui consiste à bloquer les comptes d’extrême droite et à mobiliser des communautés pour mettre en avant des contenus favorables, s’est propagé ces derniers jours sur les réseaux sociaux, notamment sur X, où le hashtag #OnBloquelExtremeDroite a figuré parmi les trois tendances du jour.
Le mouvement a pris de l’ampleur après une publication de Simon Porte Jacquemus, figure de la mode française, qui a indiqué sur Instagram avoir bloqué le président du Rassemblement national, Jordan Bardella. Il comptait plus de 500.000 abonnés. De nombreux internautes ont, comme lui, restreint des personnalités ou des médias d’extrême droite. Un militant y appelait même directement : bloquer tout compte d’extrême droite, « même un petit ».
L’origine de cette démarche se trouve au Brésil. Selon l’équipe du média indépendant Blik, qui a consacré une vidéo au sujet et dit l’avoir vue plus de 6,4 millions de fois sur Instagram, des Brésiliens ont expliqué sur X à des Français ce qui avait fonctionné chez eux pendant la présidentielle pour contrer l’extrême droite en ligne, notamment grâce au député André Janones. « Les Brésiliens ont vu que l’enjeu était similaire en France et nous ont partagé leurs conseils », indique Blik.
Au Brésil, le député Janones avait créé un canal WhatsApp baptisé « Exército do Lula », soit « l’armée de Lula », qui a rassemblé une large communauté autour du candidat du Parti des travailleurs. Au premier tour, le 4 octobre, Flavio Bolsonaro, candidat de l’extrême droite, était arrivé en tête avec 47,03 % des voix, devant Lula (45,16 %). Le président sortant s’était alors appuyé sur les réseaux sociaux, où son adversaire avait pris de l’avance.
Les membres de la chaîne, qui dépassait les dix millions d’abonnés, recevaient des consignes ponctuelles : republier massivement un même hashtag sur X, liker une publication précise sur Instagram, regarder en entier un contenu sur Facebook, ou effectuer des recherches sur Google concernant les scandales visant Flavio Bolsonaro afin qu’ils remontent dans les algorithmes. L’objectif était d’invisibiliser l’extrême droite tout en valorisant les contenus soutenant Lula.
Interrogés par 20 Minutes, les spécialistes Allan Deneuville et Jean-Jacques Kourliandsky estiment que cette campagne a eu un « fort effet » sur la remontée du candidat, qui a gagné environ dix millions de voix entre les deux tours et remporté l’élection avec 51,79 % des suffrages. Ils soulignent toutefois que cette mobilisation n’est pas le seul facteur de la victoire. Elle a en revanche modifié la dynamique, les sondages donnant Flavio Bolsonaro gagnant ou au coude-à-coude jusqu’à la fin.
En France, cette méthode a rapidement été reprise. Un canal WhatsApp intitulé « L’équipe de Mélenchon officielle » a été ouvert par un militant mardi, avant d’être relayé par Antoine Léaument, député et responsable de la communication de La France insoumise (LFI). Il justifie cette initiative par le « bouillonnement numérique » des militants après la victoire de Lula, qu’il juge positif mais qu’il faut, selon lui, organiser. En vingt-quatre heures, ce canal a accueilli plus de 111.000 membres. « C’est un succès », se réjouit-il auprès de 20 Minutes, en comparant cette audience à celle de la chaîne de Janones avant le premier tour au Brésil.
Antoine Léaument précise cependant que le hashtag #OnBloquelExtremeDroite ne vient pas de LFI. Il évoque plusieurs initiatives spontanées, comme un Discord ou un site permettant de bloquer plusieurs comptes à la fois, mais affirme que ce n’est pas le message que son mouvement veut transmettre. « On invite plutôt à rejoindre notre chaîne pour qu’on ait toutes et tous les mêmes consignes », dit-il. Selon lui, l’enjeu est de ne pas répondre à l’extrême droite et de ne pas lui donner d’audience, plutôt que de tout bloquer.
André Janones lui-même a réagi sur son compte face à l’engouement français et aux malentendus qu’il a suscités, rappelant que le blocage général n’était pas la meilleure stratégie. Antoine Léaument insiste également sur l’intérêt de sortir de la bulle militante et de investir des réseaux comme Facebook, délaissé par certains militants, afin d’influencer l’algorithme. Il estime que la mobilisation collective autour de publications est « clairement efficace ».
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