Société 5 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Après un été de sécheresse et de canicule, comment faire reverdir son gazon
Les pelouses françaises ont souffert de la sécheresse et de la canicule. Les spécialistes recommandent d'agir à l'automne, entre scarification, aération, semis et apports de nutriments, pour préparer le gazon aux prochains étés.
Les pelouses françaises ont payé un lourd tribut à un été anormalement sec et chaud. Dans de nombreuses régions, le gazon a viré au jaune pâle, brûlé par le manque d'eau et les températures élevées. Alors que septembre s'installe et que la pluie revient timidement, la question se pose pour des millions de propriétaires : faut-il tondre, semer, enrichir le sol, l'aérer, ou simplement laisser la nature faire son œuvre ?
Pour Raphaël Poulain, spécialiste de la santé des sols installé à Betton, au nord de Rennes, la réponse est claire : il faut agir maintenant. « Le gazon est très résistant. Ce qui risque de se passer, c'est d'avoir des plaques qui ne repartent pas », analyse le patron de Ty Terrae, très sollicité par des professionnels et des particuliers qui cherchent à sauver leur pelouse. Selon lui, les conditions actuelles sont idéales : « Les sols sont encore chauds et on a un retour de l'hygrométrie. Les conditions sont réunies. »
Lionel de Swarte-Danko, expert métiers pour la plateforme, confirme cette préoccupation grandissante. Il observe que de nombreux particuliers ont reporté leurs travaux d'extérieur en raison des restrictions d'eau, mais que la tendance va s'accélérer. Il appelle toutefois à ne pas se précipiter.
La première étape consiste à scarifier le sol, c'est-à-dire à le griffer en surface pour retirer la couche de feutrage qui empêche l'activité biologique. « Le risque, c'est de trop attendre. On ne peut pas scarifier quand il pleut tous les jours. L'objectif, c'est de venir enlever la couche de feutrage qui empêche l'activité biologique. Pour que le sol soit bien vivant, il faut qu'il y ait des échanges gazeux entre la terre et l'air. Si la surface est trop compacte, les nutriments, l'oxygène et l'eau ne vont pas pénétrer », explique Raphaël Poulain.
Il recommande ensuite d'aérer le sol, soit en faisant appel à un professionnel équipé d'un aérateur, soit en utilisant une fourche ou une grelinette pour créer de petits trous dans la couche superficielle. Certains tutoriels sur les réseaux sociaux proposent même de le faire à la perceuse, une idée jugée acceptable par le spécialiste, à condition d'avoir du courage pour couvrir tout le jardin.
Pour savoir si le sol est trop compact, il existe un test simple : le « test du crayon ». Il suffit de tenter d'enfoncer un crayon ou un petit tournevis dans une terre légèrement humide. Si l'outil ne pénètre pas, le sol est trop compact et nécessite une aération.
Après avoir scarifié et aéré, il est utile de resemer pour densifier le gazon et combler les trous. L'automne est souvent la meilleure période pour semer, car les plantes s'enracinent mieux et profitent d'une hygrométrie généralement favorable. Raphaël Poulain conseille également d'apporter des nutriments, notamment de l'azote, du phosphore et du potassium. « Une pelouse, elle est comme nous, elle a besoin de manger. Pas trois fois par jour, mais deux fois par an », image-t-il.
Attention toutefois à ne pas faire n'importe quoi : les engrais ne se valent pas tous et un mauvais dosage peut nuire à l'environnement, même avec des méthodes naturelles comme le compost ou la corne broyée.
Pour mieux préparer le jardin aux prochaines sécheresses, Lionel de Swarte-Danko recommande de laisser l'herbe fraîchement coupée sur le sol, une pratique appelée « mulching ». « C'est valable toute l'année. En été, cela permet de protéger des rayons du soleil. Et à l'automne, cela permettra de garder un sol plus humide, d'aider la plante à se régénérer », assure-t-il.
Reste une solution venue des États-Unis : peindre sa pelouse pour la rendre verte. Des Américains ont fait appel à des sociétés proposant ce service, et une commune des Alpes-Maritimes avait fait ce choix en 2023. Mais cette pratique est déconseillée : elle n'apporte rien au gazon et ralentit même la photosynthèse.
Pour les jardiniers impatients, la tonte pourra reprendre, mais avec précaution. L'essentiel est de profiter de l'automne pour consolider le sol et préparer la pelouse à affronter les étés à venir, de plus en plus exigeants.




