Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a lancé un appel solennel à l'Union européenne pour qu'elle renforce son mécanisme de protection civile face à l'intensification des incendies liés au réchauffement climatique. Dans un entretien diffusé mardi, il a mis en garde contre ce qu'il qualifie de « négationnisme climatique », estimant que l'inaction face aux preuves scientifiques aggrave la vulnérabilité des populations et des territoires.
Alors que la situation des incendies en Espagne commençait à s'améliorer, le Premier ministre Pedro Sánchez avait évoqué « la lumière au bout du tunnel ». Mais une nouvelle vague de chaleur s'installe sur le pays, et l'Agence météorologique nationale (Aemet) alerte sur des risques extrêmes de feu. L'Espagne a activé le mécanisme européen de protection civile pour obtenir des renforts aériens et terrestres venus de plusieurs États membres.
Pour José Manuel Albares, ce dispositif doit être « musclé » et mieux anticipé. « Nous devons tirer les leçons de chaque saison d'incendies », a-t-il déclaré, ajoutant que les sinistres seront « de plus en plus nombreux et intenses » en raison du dérèglement climatique. Il a appelé les dirigeants européens à ne pas tomber dans le déni des réalités climatiques, rappelant que la science est claire sur l'origine humaine du réchauffement.
Le chef de la diplomatie espagnole a également insisté sur la nécessité d'une coordination accrue entre les pays de l'UE, non seulement pour la lutte contre les feux en cours, mais aussi pour la prévention et la planification à long terme. Il a cité l'exemple des vagues de chaleur précoces qui rendent les forêts plus sèches et plus inflammables dès le printemps.
Depuis le début de l'été, l'Espagne a connu plusieurs épisodes de canicule, avec des températures dépassant les 40 degrés dans de nombreuses régions. Les pompiers luttent sur plusieurs fronts, notamment en Catalogne, en Estrémadure et en Andalousie. Des milliers d'hectares de végétation ont été réduits en cendres, et plusieurs villages ont dû être évacués par précaution.
L'appel de José Manuel Albares intervient alors que plusieurs pays du sud de l'Europe, comme la Grèce, l'Italie et le Portugal, sont également confrontés à des incendies dévastateurs cet été. La solidarité européenne, via le mécanisme de protection civile, a permis le déploiement de Canadair et de pompiers spécialisés. Mais le ministre espagnol juge ce dispositif insuffisant face à l'ampleur des défis à venir.
Pour les experts, le réchauffement climatique augmente la fréquence et la sévérité des feux de forêt dans le bassin méditerranéen. Les scientifiques de l'Aemet prévoient une saison des incendies plus longue et plus dangereuse, avec des conditions météorologiques extrêmes devenant la norme. Les appels à une action climatique plus ambitieuse se multiplient, tandis que les gouvernements tentent d'adapter leurs politiques de gestion des risques.
En Espagne, le débat sur le changement climatique reste polarisé, certains responsables politiques et médias minimisant son rôle dans les catastrophes naturelles. C'est précisément contre cette tendance que José Manuel Albares a voulu mettre en garde, insistant sur la responsabilité collective de reconnaître la réalité du réchauffement pour mieux s'y préparer.



