Alors que l'esport mondial enregistre des records d'audience et de dotations, la place des joueuses dans cet univers reste marginale. L'Esports World Cup (EWC), compétition internationale comparable à des Jeux olympiques pour les clubs d'esport, en est une illustration frappante. Sur les vingt-cinq tournois programmés, un seul est officiellement dédié aux équipes féminines et inclusives. Sa dotation s'élève à 500 000 dollars, soit six fois moins que les 3 millions de dollars accordés aux tournois mobiles masculins.
Ce déséquilibre interroge, mais les organisateurs de l'EWC avancent une explication avant tout pragmatique. Mike McCabe, directeur des opérations de l'Esports Foundation, affirme que « la situation actuelle n'est pas un choix idéologique, mais le reflet d'un milieu encore en construction ». Selon lui, les critères déterminants sont « la maturité et une communauté moins développée pour l'esport féminin ». Il ajoute que la scène féminine manque de structures solides telles que des ligues professionnelles, des équipes stables et des circuits compétitifs durables. « Il est difficile de multiplier les compétitions dédiées à l'esport féminin et inclusif », explique-t-il, en relevant que l'esport accuse un retard notable par rapport à d'autres disciplines sportives.
Pourtant, des signaux positifs existent. Depuis la création de l'Esports World Cup en 2024, le jeu mobileMobile Legends: Bang Bang(MLBB), développé par le studio MOONTON, propose une compétition spécifiquement destinée aux équipes féminines. La victoire du club français Team Vitality lors de cette épreuve à Paris a marqué les esprits, tant par sa performance que par son retentissement médiatique. Ray Ng, responsable de l'écosystème esport chez MOONTON Games, souligne que l'engagement de son entreprise en faveur de l'esport féminin ne date pas de l'EWC: « Nous travaillons depuis six ans sur ce sujet. Le jeu est le seul à avoir un circuit compétitif assez mature et développé pour intégrer ce type d'événement d'envergure mondiale. Dans la région asiatique, nous avons réussi à construire des ligues durables qui nous permettent aujourd'hui de faire rayonner l'esport féminin dans le monde. » Grâce à ce partenariat,Mobile Legends: Bang Bangattire de nouveaux publics. « Le jeu devient plus attractif à travers le monde maintenant, pas uniquement en Asie, précise Ray Ng. À l'avenir, nous espérons que le jeu continuera de s'étendre pour laisser plus de chances aux joueuses talentueuses réparties dans le monde de briller. On remarque déjà l'évolution des mentalités sur MLBB. Le jeu mobile est surtout un bon moyen de développer l'esport féminin grâce à son accessibilité. »
Au-delà de la multiplication des compétitions exclusivement féminines, une autre vision émerge: celle de la mixité complète. Mike McCabe explique: « On peut imaginer que l'esport devienne véritablement inclusif, où femmes et hommes évoluent ensemble. » Pour les organisateurs, l'objectif n'est pas seulement de créer des tournois séparés, mais de développer des compétitions sur un pied d'égalité, au sein des mêmes structures. McCabe affirme vouloir « pousser sur ces deux fronts »: d'un côté, « offrir des espaces sécurisés et compétitifs pour permettre aux joueuses d'émerger », de l'autre, « ouvrir des passerelles vers des compétitions mixtes ». Une stratégie qui ferait de l'esport un milieu potentiellement révolutionnaire en matière d'égalité des genres.
Cette évolution ne dépend toutefois pas uniquement des organisateurs de tournois. Mike McCabe estime que « les éditeurs, les développeurs, les clubs et même les médias ont un rôle à jouer pour structurer cet écosystème ». Il insiste sur la nécessité d'initiatives internes, comme une meilleure représentation des femmes dans le secteur. Ray Ng partage cette analyse: « Biologiquement, dans le sport traditionnel, la différence physique entre les hommes et les femmes rend impossible une mixité dans les équipes. Dans l'esport, c'est différent. Tout le monde joue avec le même équipement, les mêmes mains et les mêmes mentalités. Il faut juste casser ce cliché qui dit que le jeu vidéo compétitif est uniquement réservé aux hommes. Ce n'est pas le cas et nous travaillons pour rendre l'esport plus sain. »
En dehors de l'Esports World Cup, l'esport féminin dispose de quelques ligues compétitives prometteuses, comme lesGame ChangersdeValorantet deLeague of Legends. Ces initiatives montrent la voie, mais ne représentent encore qu'un début. Les acteurs de l'écosystème esportif ont désormais les cartes en main pour faire grandir cette industrie et offrir aux joueuses la place qu'elles méritent.



