Le limogeage du très populaire ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a provoqué des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays ce jeudi 16 juillet, au 1603e jour du conflit avec la Russie. Le président Volodymyr Zelensky a procédé à ce remaniement ministériel surprise, remplaçant Fedorov par Serguiï Koretsky, un technocrate de 48 ans issu du secteur énergétique, tout en nommant un nouveau Premier ministre. Cette décision a suscité une vive émotion dans l'opinion publique et au sein de l'armée, où Fedorov était considéré comme un réformateur efficace.

Mykhailo Fedorov, 35 ans, n'aura passé que six mois à la tête du ministère de la Défense. Avant de quitter ses fonctions, il a réglé ses comptes lors d'une déclaration publique, devant un écran géant diffusant des images de drones. Il a vivement critiqué le commandant en chef de l'armée ukrainienne, Oleksandr Syrsky, l'accusant de bloquer les initiatives de son ministère. « Toutes les initiatives que nous proposions ont commencé à être bloquées et Syrsky n'est pas prêt à vous regarder dans les yeux et à parler ouvertement de ces problèmes », a lancé Fedorov, vêtu de son habituel tee-shirt noir. Cette rivalité a presque éclipsé la nomination de Serguiï Koretsky au poste de Premier ministre.

Serguiï Koretsky, reconnaissable à ses fines lunettes rondes, était jusqu'à présent le patron de l'entreprise publique Naftogaz. Il dispose de peu d'expérience politique mais est considéré comme un technocrate chevronné, capable de gérer les crises, en particulier dans le secteur énergétique, durement frappé par les attaques russes. Le Parlement ukrainien a approuvé sa nomination, tandis que Kiev a également décoré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour sa dernière visite officielle dans le pays. Les manifestations qui ont éclaté dans plusieurs villes ukrainiennes témoignent du mécontentement populaire face à ce remaniement, perçu comme un recul pour la modernisation de l'armée.

Sur le plan diplomatique, les négociations de paix avec la Russie restent dans l'impasse. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, était à Kiev ce jeudi, tout en maintenant d'étroits contacts avec Moscou. La Turquie, qui accueille régulièrement des cycles de négociations, s'inquiète de voir le conflit déborder en mer Noire, où les deux belligérants attaquent régulièrement des navires ennemis. « Il est tout simplement incompréhensible qu'une guerre en Europe se poursuive pendant cinq ans au XXIe siècle. Nous avons plus que jamais besoin de paix », a déclaré le diplomate turc. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a reconnu les efforts d'Ankara: « Nous savons bien que nos amis turcs sont prêts à continuer de contribuer au retour à une voie pacifique. »

Peskov a toutefois tempéré les espoirs d'une reprise rapide des pourparlers: « Pour l'instant, il n'y a pas vraiment de perspectives rapides de reprise du processus de négociation. Nous n'en constatons pas. Mais la partie russe, bien sûr, demeure ouverte à cette voie. » Cette déclaration intervient alors que l'opposant russe Boris Nadejdine, récemment arrêté, a critiqué la politique de Vladimir Poutine, qu'il qualifie de « politique qui mène vers le chaos et peut-être, que Dieu nous en garde, vers une catastrophe ». Il doit comparaître ce vendredi devant un tribunal pour « démonstration de symboles extrémistes » sur ses réseaux sociaux.

Sur le plan humanitaire, l'Ukraine a annoncé avoir reçu de la Russie 501 corps de soldats présumés tués sur le front, portant à plus de 4 000 le nombre de dépouilles restituées par Moscou depuis le début de l'année. Le processus d'identification doit maintenant commencer. Kiev n'a pas précisé avoir remis de corps à la Russie en retour. Par ailleurs, le pays a démenti la mort d'un ingénieur de la centrale nucléaire de Zaporijjia, une information qui circulait dans certains médias. Ce nouveau chapitre du conflit, marqué par des tensions internes et une impasse diplomatique, souligne la complexité de la situation sur le terrain.