À l'approche de la Coupe du monde, le maillot de l'équipe de France est devenu un véritable marqueur social. Selon une étude Ifop réalisée pour eBay, près d'un Français sur quatre possède désormais un maillot de football, et ce chiffre grimpe à 53 % chez les 18-24 ans. Au-delà du simple vêtement de sport, le choix du maillot révèle le profil du supporter, entre amoureux des classiques, adeptes de la mode et nostalgiques des grandes heures du football français.

Le maillot domicile bleu à col blanc, signé Nike, reste le choix des traditionalistes. Avec son clin d'œil aux maillots de 1998, il séduit une clientèle plus âgée ou attachée aux codes historiques de l'équipe de France. « C'est vraiment le supporter de base, celui qui suit son équipe année après année », explique Jean-Marc Leynet, expert en football et memorabilia sportive. Sophie Malagola, experte style et tendances, ajoute que ce modèle donne un côté très chic, renforçant l'idée d'un public fidèle et élégant.

À l'inverse, le maillot vert, inspiré de la Statue de la Liberté, a connu un succès fulgurant. Critiqué à sa sortie pour son côté jugé trop éloigné des couleurs nationales, il est aujourd'hui introuvable dans les boutiques officielles, et les prix sur les sites de revente dépassent parfois les 200 euros. « C'est le grand succès de l'histoire du maillot de foot », affirme Jean-Marc Leynet, qui estime que ce modèle pourrait devenir un collector, à l'instar de celui de 1998. Sophie Malagola y voit un renouveau qui rajeunit les supporters et permet de sortir des traditionnels bleu-blanc-rouge sans perdre l'identité française.

La collaboration avec le créateur Jacquemus a attiré un public différent, venu pour la mode et resté pour le football. « Les frontières entre les tenues de sport et les tenues de ville sont de moins en moins marquées », observe Sophie Malagola. Un maillot se porte désormais avec un jean, une jupe ou un short aussi naturellement qu'un tee-shirt blanc. Jean-Marc Leynet nuance toutefois: cette collaboration relève avant tout de la mode et du marketing, et ne touche pas vraiment le collectionneur de base de l'équipe de France.

Porter un maillot floqué Zidane, c'est afficher une nostalgie assumée. Les recherches pour les maillots « France 98 » ont bondi de 369 % lors du dernier sacre des Bleus. Pour Sophie Malagola, c'est devenu « une revendication d'amour » envers un joueur hors norme. « 1998 reste le premier titre », rappelle Jean-Marc Leynet, qui raconte avoir vendu un maillot neuf de la finale 1998 pour 20 000 euros. Les maillots les plus chers restent toujours ceux de Zidane, preuve que la mémoire collective du football français reste puissante.

Les maillots des années 2006, 2008 et 2010, associés à des périodes difficiles (finale perdue, Euro 2008 oubliable, fiasco de Knysna), reviennent aujourd'hui sur le marché à des prix très abordables, entre 20 et 30 euros sur Vinted. « Les gens se reportent dessus pour représenter l'équipe de France à moindre coût », explique Jean-Marc Leynet. Fait étonnant, le maillot de 2018, pourtant celui du deuxième sacre mondial, a été beaucoup moins collectionné que les modèles plus anciens.

Enfin, le maillot Decathlon, simple et économique, incarne le supporter pragmatique, celui qui aime les Bleus sans se ruiner. Ce choix reflète un bon sens pratique, loin des engouements marketing et des collections onéreuses.

Au-delà des modes et des prix, le maillot de football est devenu un véritable marqueur identitaire. Il raconte une histoire personnelle, une époque, un souvenir collectif. Que l'on soit fidèle au bleu classique, séduit par le vert tendance, ou nostalgique du Zidane 98, chaque maillot porte en lui une part de la mémoire du football français.