L'Angleterre a vu son rêve de disputer une première finale de Coupe du monde depuis 1966 s'envoler mercredi soir, battue 2-1 par l'Argentine en demi-finale après avoir pourtant mené au score jusqu'à la 84e minute. Le sélectionneur allemand Thomas Tuchel se retrouve au cœur d'une vive polémique outre-Manche pour ses choix tactiques jugés trop défensifs, qui ont permis à l'Albiceleste de renverser la situation dans les derniers instants.
Menés par un but d'Anthony Gordon à la 55e minute, les Argentins ont égalisé par Enzo Fernandez à la 85e avant que Lautaro Martinez n'offre la victoire à son équipe dans le temps additionnel (90e+2). Mais au-delà du scénario cruel, c'est la gestion du match par Tuchel qui suscite l'incompréhension. À partir de la 72e minute, le technicien allemand a procédé à une série de remplacements défensifs qui ont transformé son équipe en une formation recroquevillée sur elle-même.
Après la sortie d'Anthony Gordon, remplacé par le défenseur central Ezri Konsa, l'Angleterre est passée à une défense à cinq. Dix minutes plus tard, le latéral droit Reece James cédait sa place à un quatrième défenseur central, Dan Burn, tandis que le milieu défensif Declan Rice était remplacé par le jeune latéral Nico O'Reilly. Au total, six défenseurs de métier se retrouvaient sur le terrain, dont quatre centraux, laissant le trio offensif Jude Bellingham, Harry Kane et Morgan Rogers livré à lui-même.
Les statistiques de la dernière demi-heure sont éloquentes: l'Angleterre n'a effectué que 18 passes dans le camp adverse contre 193 pour l'Argentine, et n'a possédé le ballon qu'à 12 %. Une domination sans partage qui a logiquement abouti aux deux buts argentins. « Je suis dégoûté pour tous les joueurs, pour tout le monde. On les a longtemps très bien pressés dans leur moitié de terrain, jusqu'à ce qu'on mène 1-0. Après le but, on a subi vague sur vague. À un tel niveau, chercher à tenir le score, ça n'est pas suffisant », a confié Harry Kane à BBC Sport, dans une rare critique publique envers son entraîneur.
Cette défaite rappelle étrangement un épisode vécu par Tuchel lors de son passage au Bayern Munich. En demi-finale retour de Ligue des champions 2024, son équipe menait 1-0 sur la pelouse du Real Madrid avant qu'il ne remplace l'ailier Leroy Sané par le défenseur central Kim Min-jae. Le Bayern s'était incliné 2-1 dans les dernières minutes, un scénario identique à celui de mercredi. L'ancien international allemand Thomas Müller, champion du monde 2014, n'a pas manqué de souligner la similitude dans une vidéo postée sur ses réseaux sociaux: « L'Argentine a fait un sacré match mais je ne peux pas croire ni comprendre comment l'Angleterre a géré son match après le but inscrit. Comment cette équipe a-t-elle pu offrir des positions de centres parfaites aux Argentins? »
De son côté, Tuchel assume pleinement ses choix. « Juste après notre but, sans aucun changement, nous avons concédé beaucoup trop de centres et d'occasions, donc on a essayé d'aider l'équipe, a-t-il expliqué en conférence de presse. J'ai décidé de passer à cinq derrière justement parce qu'il y avait trop d'espaces, que l'Argentine gagnait tous les duels aériens, et qu'elle avait alors quatre attaquants sur le terrain. On a essayé de s'adapter à ça avec un bloc bas à cinq pour être plus près de leurs centreurs. » Une stratégie qui n'a pas fonctionné, Lionel Messi, à 39 ans, délivrant une passe décisive pour Lautaro Martinez après avoir éliminé les jeunes défenseurs anglais.
Cette élimination ravive les critiques sur le style de jeu de Tuchel, déjà pointé du doigt en début d'année 2025 lorsqu'il avait analysé la finale de l'Euro 2024 perdue par l'Angleterre de Gareth Southgate contre l'Espagne. Il avait alors déclaré: « Selon moi, les joueurs avaient davantage peur d'être éliminés du tournoi qu'ils n'avaient l'enthousiasme d'aller le gagner. » Une phrase qui lui revient aujourd'hui comme un boomerang, alors que son équipe a semblé paralysée par la peur de perdre plutôt qu'animée par l'envie de gagner.
L'avenir de Tuchel à la tête de la sélection anglaise est désormais incertain, à moins de deux ans de l'Euro 2028 qui se déroulera à domicile. Les Three Lions, qui n'ont remporté qu'un seul titre majeur en 1966, voient s'éloigner une nouvelle fois l'espoir d'un sacre mondial, dans des circonstances qui laisseront des traces profondes dans le football britannique.


